Post Rock, Post Metal Doom, Sludge, Trip Hop, Prog, Mathrock, Chaotic Hardcore. Des mots tout cela, des étiquettes. Laissez-vous guider par mes émotions. Orienter les vôtres et vous donner de quoi rêver. Planer ou encore vous déchaîner.

L’Allemagne a toujours été un terrain de jeu considérable pour les artistes musicaux aux orientations électroniques. Pensons à par exemple Kraftwerk ou la scène techno berlinoise qui est le lieu en Europe où des genres, des hybrides peuvent naître. Certes, notre sujet ne concerne pas la techno mais comment les artistes allemands appréhendent le son. Les véritables architectes d’Aua apportent une approche à la fois classique mais tellement subtile, complexe, respectueuse de son passé et innovatrice à la fois que je ne pouvais pas passer à côté de cette occasion de vous les faire découvrir.

 

Le Duo Henrik Eichmann et Fabian Bremer, têtes pensantes d’Aua rendent un hommage poignant au sonorité des années 80 avec des couches et des sous-couches de travail à tel point que l’on se croit transporté dans un univers robotique inquiétant, un peu à la Tron où un Stranger Thing à la Radiohead sous amphèt. Le trip s’adresse aux auditeurs qui aiment se poser dans un siège avec un casque haute définition pour en saisir toutes les subtilités. Remarquez et ôtez-moi la confusion : je ne dis pas qu’il s’agit d’une musique élitiste et indigeste au commun des mortels. Je dis juste que si vous ne possédez pas un moto 500 CV stylé Akira et roulez pas à 300 à l’heure dans un univers fait de lignes bleues elliptiques, vous risquez de vous perdre pour ne jamais en trouver la sortie. Certes, là, je commence à dérailler car le temps de débuter ce texte, l’album est déjà passé une fois dans mon casque et plongé mon cerveau dans la brumeuse nuit de Leipzig.

Au volant d’une citadine, le rouge et le noir s’entremêle à la nuit bleutée (observez l’artwork). Les grattes-ciels de Leipzig s’ouvrent à moi sur « Friendo ». Un rythme un peu bluesy s’évapore de la voiture, un thérémine nous rappelle que le voyage de nuit a quelque chose d’extra-terrestre, hors du commun, hors du temps. Il fait bon dehors, je roule la fenêtre ouverte. Pourtant la nuit va tomber d’une minute à l’autre. L’éponyme « I Don’t Want It Darker » résonne comme cette envie de ne pas en finir avec la soirée, à travers ces immeubles d’où lumières et histoires, parfois glauques, naissent et meurent. Qui sait qui est en train de se faire tuer ? De se faire faire l’amour? Tant de possibilités derrière chaque point de lumière, comme le ciel et ses astres. Quelque chose de Radiohead ressort dans mes divagations.

D’ailleurs mes divagations se retrouvent perturbées par le ballet des camions, remplis de marchandises dont nous n’avons peut-être pas besoin. Au minimum deux sur trois sont inutiles. Cette pensée est traduite par les claviers de « Starstruck », comme si les lumières de la ville subitement viraient aux gris et ses dissonances. Peut-être fort imaginé. Peut-être me suivez-vous. Derrière moi les phares s’accumulent et montent en intensité pour éblouir sur « Coke Diet ». Une basse, un rythme, Thom Yorke et sa bande sont peut-être dans la file derrière moi. Cependant, je n’en ai cure. J’augmente le son dans la carlingue. Le travail en sous-couche est démentiel, Aua possède cette touche electro-blues-jazzy qui donne le tournis. Les derniers a avoir composé un morceau de ce type à mon souvenir sont les maîtres de notre Plat Pays : Ghinzu. La ressemblance est assez frappante il faut dire. Comme si un descendant de John Stargasm voulait se rappeler à nos souvenirs. C’est juste sublime.

En tournant vers la droite des immeubles, un parc abandonné scintille de mille lucioles aux couleurs chaudes, sur « No treatment » lancinant. Jeff Buckley aurait pu composer dans ce parc. Mais je ne m’ y arrêterai pas. Il y a été question d’un vampire à une époque. L’ambiance de ce quartier se fait d’ailleurs plus menaçante sur « The Energy Vampire ». Des claviers ponctuent cette atmosphère macabre avant un rythme 80’s qui va réclamer que je pousse un peu la voiture. Chaque arbre le long de cette chaussée est comme une petite mort au tournant. Comme un peu de diabète dans le sang, comme une vision d’avenir sans projecteur. Comme si je n’étais plus mon propre auteur.

Enfin, ce parc à une fin, interdiction de tourner à droite, j’embraye sur la gauche. Retour en centre ville, pas encore âme qui vive dans cette nuit bleutée opaque. À la radio « Glowing One » débute sur une partie basse prononcée. Aua aime la basse et les claviers. Moi aussi, j’ai tendance à fermer les yeux au volant. À me lancer emporté (volontairement écrit de la sorte). Jusqu’à l’inévitable. Le poteau. Le mur, l’obstacle. Car un jour tout se termine, même un album, même une chronique, même une vie. « Umami Karoshi », son riff grave et son thérémine sont la bande originale de fin de film en road movie  de nuit. J’ai certainement roulé trop vite, je n’ai pas vu l’obstacle dans la nuit bleutée. Il ne reste plus que le rouge de mon sang, le noir de l’essence et de l’huile brûlée. Le bleu pour la nuit. Une nuit pour s’éteindre avec un retour de thérémine dans les oreilles. Il y a plus moche comme mort je pense. Juste au loin, alors que ma voiture est sur le toit, vraiment au loin deux phares. De l’aide. Mais peut-être sera-t-il trop tard. Vous avez mon sort entre vos mains à l’écoute de ce titre. Sauvez-moi ou achevez-moi.

Vous l’aurez compris, Aua propose un premier album prenant, teinté de rock expérimental, un coté cinématographique et d’une touche rock des années 2000, en lui conférant une aura 80’s. Le ton n’est jamais violent mais empreint d’une dérangeante ambiguïté. Doit-on se sentir à l’aise ou menacé à l’écoute de ce I Don’t Want It Darker ? Pour ma part, les diverses écoutes en diverses situations m’ont inspiré divers scénarios. Vous l’aurez deviné que celui que je vous ai conté est inspiré d’un long trajet en voiture. Si de votre coté, le scénario résonne autrement, hésitez pas à nous en faire part. Je me refais le trajet en sens inverse pour savoir où inquiétude a pris vie.

Bonne écoute

  • Tiph

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