Post Rock, Post Metal Doom, Sludge, Trip Hop, Prog, Mathrock, Chaotic Hardcore. Des mots tout cela, des étiquettes. Laissez-vous guider par mes émotions. Orienter les vôtres et vous donner de quoi rêver. Planer ou encore vous déchaîner.

Je ne m’y attendais pas du tout et pourtant la chance m’a sourit. Je suis probablement le premier francophone à avoir l’honneur et la chance de découvrir Dream Griever de BleakHeart plus d’un mois avant sa sortie. En plus d’être somptueux, cet opus se révèle enivrant de relaxation et d’intensité en même temps. En effet, le groupe, emmené par Kelly Schilling (qui n’est autre que la chanteuse du groupe de jazz progressif black Dreadnought, c’est d’ailleurs en suivant leur actu que je suis tombé sur BleakHeart), parvient à trouver un équilibre parfait entre la lourdeur du doom et le shoegaze à tendance post rock, en alliant la puissance et la grâce et ce, à la perfection. Un premier essai en 2018 avec un single que vous pouvez trouver sur leur bandcamp, indiquait déjà une excellente base. L’essai est transformé avec Dream Griever.

 

Dès les premières secondes, on se trouve totalement absorbé dans l’opus et son atmosphère très particulière. Tout est sombre, noir, ténébreux avec cette teinte bleutée si bien accordée à son visuel. Par delà les collines imaginées, la voix de Kelly ne montent jamais trop fort, ni trop haut, en restant dans des gammes sensuelles et envoûtantes, là où l’intensité de l’instrumental de son côté emporte l’auditeur. Bien que le propos de BleakHeart ne soit pas postcore, les ambiances développées me rappellent les excellents FVNERALS (de notre plat pays en plus).

Les tourments et l’onirisme se ressentent dès « Ash Bearer », introduit à la guitare et amenant dans son sillage cette voix tout droit sortie des entrailles d’une sirène. Cet instant vocal signifie la fermeture des paupières et le glissement dans un souterrain noir, pas menaçant mais inquiétant cependant. Comme un rêve dans son propre songe. Une sorte de rêve qui me fait plonger dans un rêve encore plus profond (oui comme dans Inception) où même le vent n’est plus qu’un murmure. Mais ce murmure prend de la puissance pour me réveiller dans un endroit que je ne connais pas. C’est comme un salon mais sous terre, il y a une cheminée avec des braises, elles sont bleues. « Heed The Haunt » débute tout aussi calmement et de manière intrigante. Le relent post rock est d’autant plus vivant, mais laisse parler des accordages lourds et un solo langoureux. On se surprend à ne plus vouloir ouvrir les yeux. Les fans de SubRosa seront ravis dans l’approche.

Planté devant la cheminée, on le sent venir au loin. « The Visitor » entre en scène en extrait. Les flammes restent bleues et baladent leurs mains invisibles sur les miennes pour les réchauffer. Des notes de piano viennent ponctuer cette chaleur si froide (oui, vous lisez bien). La voix de Kelly se dépose naturellement de nouveau sur cette peau comme si rien ne l’avait jamais effleurée. Je suis pourtant dans un rêve de mon rêve, non ? C’est touchant et l’émotion monte d’un cran. Comme une larme s’écoule devant une chose que l’on aurait jamais croisée. La composition prend des allures slowcore. C’est très langoureux et je ne me sens plus seul. Et si ce salon était mien à jamais ?

Plus on progresse dans cet album, plus une sorte de jazz s’installe. Pas encore à proprement dit sur « The Dead Moon », comme une sorte de ballade romantique et gothique où le mal nous est conté. Dans le rêve de mon rêve, je suis dans un jardin couvert, une sorte de véranda attaché à ce salon. Tout est paisible et cette lune morte pourrait veiller sur mes jours et mes nuits. Une lune sans étoile ni nuit d’ailleurs. Juste le néant. Comme la bande originale de ma propre mort.

Ne reste déjà plus qu’un morceau s’étalant sur près de douze minutes, celui de l’éponyme « Dream Griever« . Il est aussi celui avec une approche la plus jazz, si je puis l’appeler de la sorte. Et quel morceau de conclusion où viennent se mélanger tout ce que nous avons pu entendre comme influences. Du doom au shoegaze et du post rock au jazz. Prenant le temps d’installer l’ambiance, le final promis se produit et laisse éclater le rêve de mon rêve en vrille. La lune s’effrite et la cheminée s’écroule. Le néant apparaît de nouveau pour ne laisser place qu’au rêve. L’espace d’un instant, je ressens cette chaleur sur ma main, comme si elle me tenait pour ne pas me laisser partir. Le monde des songes s’en va et laisse mes yeux se ré-ouvrir. Il pleut dehors et la lune est pleine. La musique s’est tue et laisse mon cœur lugubre.

C’est un premier album rempli de poésie et fantasmagories que nous livre les Américains de BleakHeart. À la fois tout en douceur mais en gardant l’attention de l’auditeur, le transportant dans un monde où il n’est pas maître de ses pas, un peu comme je me suis prêté au jeu en laissant aller mon imaginaire piocher mon ressenti face à cette œuvre. La production est très chaude et donner à la froideur des morceaux une profondeur supplémentaire. Un peu comme cette flamme bleue au dos de la main. Encore merci à Kelly Schilling de nous avoir fait confiance et envoyé l’opus un mois avant sa sortie. BleakHeart est le bienvenu au sein des nombreuses découvertes que nous avons eu la chance de recevoir en avant-première.

Ah oui, ma petite formule perso: Dream Griever est par excellence un album de nuit, à déguster avec un whisky à la lueur d’une lampe de sel.

Bonne écoute.

  • Tiph

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