Qui aurait dit, il y a 20 ans, qu’un album electro, voire carrément techno, de Nine Inch Nails verrait le jour? Pourtant, l’idée n’a rien de si farfelu lorsqu’on observe la direction artistique empruntée par Trent Reznor depuis Year Zero, les fameux Ghosts ou encore Hesitation Marks. Nine Inch Noize s’inscrit finalement dans une continuité assez logique de cette évolution sonore amorcée depuis plusieurs années.
L’histoire entre Nine Inch Nails et Boys Noize n’en est encore qu’à ses débuts, mais les bases posées laissent peu de place au doute. Après plusieurs collaborations autour de Tron: Ares et Tron Ares: Divergence, ainsi qu’une tournée Peel It Back en 2025 où Boys Noize assurait la première partie, l’alchimie semblait évidente. Trent Reznor et Atticus Ross, toujours en quête de nouvelles textures et d’expérimentations, trouvent en la riche discographie de NIN un terrain de jeu idéal.
Le résultat donne Nine Inch Noize, un projet hybride qui mêle captations live et recompositions profondes de morceaux issus du répertoire de Reznor & Co. Difficile, d’ailleurs, de parler simplement de “remix”. Le terme paraît trop réducteur face au travail accompli. On se trouve davantage face à une véritable relecture, une transformation en profondeur des titres originaux.
La prestation marquante à Coachella il y a quelques jours ne fait que confirmer cette impression : Boys Noize ne se contente pas d’accompagner, il s’approprie pleinement la matière. Le projet ne se limite d’ailleurs pas au catalogue de Nine Inch Nails, avec une reprise de Soft Cell et un passage par How to Destroy Angels, autre terrain d’expression de Reznor, Ross et Mariqueen Maandig.

Et ça frappe fort. La qualité sonore impressionne, les transitions entre segments live et studio s’enchaînent avec fluidité, et l’ensemble dégage une vraie cohérence artistique. Certaines fins de morceaux basculent sans détour vers une techno assumée, presque abrasive, qui m’a littéralement choqué. À l’inverse, des titres comme « Closer » conservent une proximité avec leur version d’origine, là où « Copy of A » révèle tout son potentiel électronique et dansant déjà bien présent à travers cette relecture.
Au fond, Nine Inch Noize ne se contente pas de revisiter un catalogue déjà culte : il le projette ailleurs, dans un espace plus festif, dansant, brut, mais toujours habité par cette profendeur si caractéristique de Nine Inch Nails. Une manière, peut-être, de rappeler que leur musique n’a jamais cessé d’évoluer, quitte à bousculer ses propres codes (et certains « fans »…).
Un disque qui cogne, qui hypnotise, et qui rappelle surtout une chose : entre les mains de Reznor, son épouse Maandig, Ross et Boys Noize, même les morceaux que l’on pensait connaître par cœur peuvent encore surprendre — et frapper plus fort que jamais.
| Guillaume
