Il y a des lieux qui résistent au temps, non pas parce qu’ils s’y opposent, mais parce qu’ils en sont l’essence même. Pour son édition 2026, le dunk!festival est rentré chez lui, dans la forêt. Après des années d’exil urbain au Viernulvier à Gand, le retour à De Populier n’est pas une simple décision logistique : c’est une confession. Celle d’avoir sous-estimé ce que la forêt recèle d’irremplaçable : l’air frais du matin sur le camping, l’odeur des repas maison, les soirées entre inconnus devenus familiers, et ces scènes nichées entre les arbres qui transforment chaque set en rituel collectif.
Les organisateurs l’ont eux-mêmes reconnu sans détour : « The dunk!magic remained in the forest ». Cette édition 2026 porte donc en elle quelque chose de l’ordre de la réconciliation, avec une philosophie de festival où la simplicité n’est pas un manque, mais le cœur battant de toute l’expérience. Pas de têtes d’affiche survendues, uniquement des noms qui résonnent dans tous les esprits de fans de post-rock et juste une Main Stage, une Forest Stage, des repas cuisinés sur place, et une communauté internationale unie par des guitares qui n’en finissent pas de résonner entre les troncs.
Jour 1 | Pluie, froid & immersion
Le ciel n’avait pas prévu de faire de cadeaux. Froid mordant (pour un mois de mai), averses intermittentes, sol qui commence à se souvenir qu’il est forêt et non bitume, mais qu’importe : la magie dunk! ne s’est jamais vraiment souciée de la météo.


Aufhebung, groupe bruxellois, hérite de la lourde responsabilité d’allumer la première torche sur la Main Stage, et s’en acquitte avec la gravité qu’on lui connaît : un post-metal dense, habité, qui cherche à vous engloutir dès les premières notes. Et si la plupart des groupes de la journée collaient à l’identité même du dunk!festival, ce n’est que bien plus tard dans la journée que la retrouvaille tant attendue pour moi aura lieu : Pelican. Et Pelican fait ce que Pelican fait depuis vingt ans, c’est-à-dire exactement ce qu’on attendait d’eux, un post-rock qui vascille fortement vers le post-metal, avec un son percutant et quelques nouveaux morceaux qui, je l’espère, ne sont que les premiers d’une longue série.
Mais la révélation du jour porte un nom que beaucoup retiendront longtemps après avoir quitté Zottegem : Pothamus, dont les rythmiques quasi chamaniques transforment la Forest Stage en cérémonie tribale, emportant un public qui n’avait plus rien demandé. C’est mon coup de coeur de la journée!
Et en guise de messe du soir, Russian Circles, parce que certaines choses n’ont tout simplement pas besoin d’explication.
Jour 2 | La Belgique en VIP
Il est 14h20 et la Forest Stage accueille Onrust. Le festival bascule dans quelque chose de plus intime, de plus intense. Le groupe belge impose un post-metal chanté d’une densité frappante : les riffs sont lourds, prenants, taillés pour le headbang, et la voix accompagne la brutalité des guitares. Mention spéciale au son, impeccable, et c’est une constante au dunk!, mais cette année aura offert une clarté, un équilibre et une précision particulièrement remarquables tout au long du festival, sur les deux scènes. Un détail qui change tout lorsqu’un genre tel que le post-rock joue autant sur les nuances que sur la puissance. Regret personnel et sincère de ne pas avoir craqué pour leur vinyle au stand merch.
Dans la même veine belge et efficace, Turpentine Valley confirme que la scène post-metal du plat pays n’a décidément rien à envier à personne : plus classique dans l’approche, mais avec une solidité mélodique et une générosité scénique qui font mouche sans chichi.
Puis vient le moment que beaucoup attendaient avec une certaine solennité, sur la Main Stage, juste avant la tête d’affiche qu’on ne présente plus, Caspian. Les membres de We Lost the Sea montent donc sur scène pour jouer leur album A Single Flower dans son intégralité, un disque plus metal, plus frontal que leurs œuvres précédentes, qui renoue en partie avec l’énergie brute de leurs débuts, ceux de l’époque où Chris Torpy, leur chanteur, était encore de ce monde. Un set hanté, cathartique, où chaque note semble portée par quelque chose de plus grand qu’une simple performance. Ce premier passage à Zottegem ne sera pas le dernier du week-end, car le lendemain réservera une belle surprise, à découvrir dans le Jour 3.
Jour 3 | Le soleil, les larmes et l’orchestre
Le soleil est enfin de la partie, et avec lui, une énergie différente parcourt le site. Comme si la forêt elle-même décidait de hausser le ton pour le grand final. La journée s’ouvre avec Bloed, encore du post-metal chanté, et l’on commence à se demander si la scène belge n’est pas en train de vivre un de ses meilleurs millésimes. Glacier enchaîne avec une efficacité sans fioriture, solide et sans détour.
Puis survient un moment que personne n’avait osé vraiment espérer. The Evpatoria Report — les Suisses légendaires, auteurs de Golevka, album culte gravé dans la mémoire de toute une génération de fans de post-rock — sont là, en chair et en os, sur la scène du dunk!festival. Pour beaucoup d’entre nous, les voir jouer relevait de l’impossible, de ces rêves qu’on range dans un tiroir pour ne pas souffrir de ne jamais les voir se réaliser. Et pourtant. La nostalgie prend à la gorge dès les premières notes, et le sentiment d’assister à quelque chose de rare, de presque sacré, ne quitte plus.

Les Kokomo allemands assènent une claque bienvenue avec un son renouvelé qui surprend et enthousiasme. Je me suis d’ailleurs jeté sur leur dernier album, Whip, sorti pendant le festival, tout cela avant que Toundra ne vienne dérouler leur post-rock carré et souverain avec la conviction tranquille des grands.
Mais le moment émotionnel du festival pour moi, appartient à Overhead, the Albatross. Lorsque résonnent les premières mesures de Paul Lynch, dédié à un ami disparu et, au-delà, à tous ceux que nous avons perdus trop tôt, quelque chose se brise devant la scène de la forêt. Les larmes coulent librement sur les visages de nombreux spectateurs, sans honte, parce que c’est exactement à ça que sert la musique instrumentale quand elle est portée par de vraies âmes. Frisson total, coup de cœur absolu de ce dunk!festival 2026.
Et pour clore ce week-end en (très) grande beauté, We Lost the Sea reviennent, cette fois pour jouer le cultissime Departure Songs dans son intégralité, accompagnés d’un orchestre de chambre. Ce qui était déjà un album incontournable, une œuvre de deuil et de lumière parmi les plus bouleversantes du genre, se voit ici transfiguré : les compositions s’élargissent, respirent différemment, gagnent une ampleur orchestrale qui décuple chaque émotion. Une nouvelle dimension s’ouvre, celle d’une musique qui n’a plus de frontières, ni de genre, ni de mots, et qui n’en avait de toute façon jamais eu besoin.
Trois jours, deux scènes, une forêt. Le dunk!festival 2026 restera comme celui du retour aux sources, au sens propre comme au sens figuré. Pas de compromis, pas de concessions au spectacle facile : juste de la musique qui fait mal là où ça compte, une communauté qui se retrouve avec la joie tranquille de ceux qui savent pourquoi ils sont là, et une forêt qui, décidément, n’avait jamais cessé d’attendre qu’on revienne. Rendez-vous en 2027.
| Guillaume
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