« We’ve got Angine de Poitrine at home. »
La Jungle, c’est Roxie et Jim, duo montois, la capitale des terrils et du Doudou, qui tourne depuis plus de dix ans et 700 concerts à martyriser des scènes avec leur cocktail techno/kraut/noise/transe. Et pour leur septième album, ils ont décidé que deux mains sur une seule batterie, c’était franchement insuffisant.
La grande nouveauté d’An Order of Things, c’est l’arrivée de Da comme troisième membre. Et avec lui, un deuxième kit de batterie complet. Deux fois plus de raisons de se demander si ton salon résistera à l’écoute à plein volume. L’album a donc été composé à six mains et cela se ressent. Il y a quelque chose de primitif, de brut et d’isolé dans ces neuf titres.
Ce double moteur rythmique n’est pas un gadget : il est le cœur conceptuel du disque. La Jungle explore ici ce qu’on pourrait appeler la « transe primale », cette nécessité humaine profondément ancrée pour le mouvement répétitif et hypnotique. Concrètement, ça donne des constructions rythmiques puissantes qui te prennent par les épaules et refusent de te lâcher, quelque part entre Neu! en mode électrique et une rave en forêt. Witches Carousel et Sabertoother, les deux singles, plantent le décor dès les premières écoutes.
Ce qui est impressionnant, c’est la cohérence d’un album qui brouille pourtant tous les genres : indus, stoner, noisy-rock, krautrock, electro-punk, tout se touche sans jamais se confondre. Ce n’est pas de la musique de fond. C’est une musique qui fera vibrer tout votre corps. Le séquençage des neuf titres fonctionne comme un set live : ça monte, ça respire, ça repart. Ça tombe bien, parce que ces gens-là savent exactement ce qu’un set live doit faire : 700 concerts, ça forge.
An Order of Things sort sur Hyperjungle Recordings, le label que le groupe a fondé lui-même. Autoproduction, autonomie totale, et un résultat qui ne ressemble à rien de ce qui se fait d’autre dans ce pays. La Jungle prouve qu’on peut venir de Mons, écrire au bord d’une rivière au nom menaçant (La Trouille), et sortir en 2026 l’un des albums les plus physiques et les mieux construits de la scène rock belge. Mettez ça fort. Déplacez les meubles.
| Guillaume
