Chroniqueur fan d'ambient, avant-garde, art pop, black music, classic rock, folk, jazz & fusion, progressif et soundtrack.

Véritable Eldorado (de souvenirs) pour les uns, bac à fientes pour d’autres, les années 80 déchirent autant qu’elles passionnent. La période fut en effet propice à nombre de productions abjectes, et intrinsèquement à des morceaux scandaleusement kitsches dépourvus de toute élaboration musicale. Il est cependant incongru de ranger tout et n’importe dans le même panier sous prétexte qu’une grande partie des disques de cette période est représentatif du mauvais goût absolu.

Cela ne fait que nuire à la démarche artistique de nombre de groupes à la vocation toute autre de l’époque. Preuve en est avec Architecture & Morality, un pur mastodonte de la new wave romantique, peut-être l’un des meilleurs albums du genre qui soit, et aujourd’hui plus d’actualité qu’il n’y paraît.

Petit brin d’histoire. Fin des années 70, la musique électronique bat son plein et est surtout rattachée à la scène expérimentale. Fort d’une envie de la sortir de ce carcan, Orchestral Manœuvres in the Dark (comme d’autres groupes) décide de démocratiser l’electro et de la rendre plus accessible tout en veillant à garder une part d’expérimentation (on retrouve même un clavier rescapé du rock progressif : le mellotron).

Après deux premiers albums satisfaisants, les Anglais, alors plus connu sous le doux acronyme de OMD, nous offre ce joyaux magnanime de morceaux tous plus réussis les uns que les autres. Un condensé d’un peu plus de 35 minutes de new wave mélancolique, riche, soignée et surtout intemporelle, essentiellement propulsée par un jeu de claviers et une rythmique saisissants de maturité et de justesse.

Certains morceaux tels que « Joan of Arc », « Maid of Orleans » ou bien encore « Souvenir », le tube dédié au défunt Ian Curtis de Joy Division, contribuèrent à la réputation du duo anglais. Architecture & Morality accueille aussi l’un des morceaux les plus touchants et dramatiques du conglomérat : « Sealand ». Intense requiem aux claviers scandant une douleur sans pareille.

Un morceau long de presque 8 minutes à rattacher avec les grands hits du mouvement. Un tube en puissance qui saperait le moral à Mickey Mouse himself, et qui a la bonté de ne pas voler la vedette au reste de la galette tout en faisant la liaison avec la conclusion : « The Beginning And The End », également fataliste et d’une beauté sans pareille.

Architecture & Morality est indispensable à toute quête des grands disques des années 80. Intense, couvant une pop expérimentale qui n’en fait pas de trop, installant les prémices de la synthpop/dreampop que l’on connait aujourd’hui, d’une véritable intemporalité, riche et varié, rien n’est à jeter. Un disque qui se savoure d’une traite et que l’on repasse à loisir pour être bien sûr d’avoir capté le moindre éclair de génie qui s’en dégage.

  • Alessandro

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