Rédacteur en chef et Fondateur de NMH. Spécialisé dans le post-rock, l'ambient, le post-metal, le psychédélique et la musique progressive en général.

Alors que la scène post-rock nous inspire assez peu en ce moment sur NMH (excepté l’excellent nouvel album de The Shaking Sensations ou encore le encore trop méconnu Myriad Drone), nos oreilles se sont arrêtées sur une pépite de la scène hip-hop expérimentale avec un groupe que nous suivons depuis déjà un bon moment. clipping. Adeptes d’expérimentations sonores et de mélanges de styles (à la Dalëk pour ne citer qu’eux), ils empruntent les textures récurrentes du métal industriel pour faire évoluer le hip-hop et se l’approprier un peu plus. 

Et avec There Existed an Addiction to Blood, le trio fait encore un pas en avant et rend le rap horrorcore plus séduisant que jamais en lui donnant une forme plus moderne et moins kitsch. On est en 2019 (bordel) et clipping. l’a bien compris grâce à cette évolution sonore du sous-genre né dans les années 90. Paradoxalement, ils choisissent un style rétro qui collent malgré tout à l’ambiance musicale proposée tout au long du disque. Extrait avec ce superbe clip de « Nothing is Safe », titre relativement accessible au regard des autres morceaux : 

Car There Existed an Addiction to Blood va au delà du simple concept d’album. Il s’agit d’une expérience sonore inédite que peu d’artistes issus de la scène hip-hop peuvent se targuer d’avoir tentée. Pour preuve, la communauté journalistique se déchire lorsqu’un camp qualifie cet album de magistral, de chef d’oeuvre et que l’autre le trouve ridicule et insipide. Vous savez que chez NMH, si on prend le temps d’écrire un article sur un album, c’est qu’il en vaut la peine. Vous connaissez donc notre camp.

clipping. n’en est pas à son coup d’essai dans le hip-hop instrumental. Le morceau « Block » avait déjà fait frissonner mes oreilles de plaisir avant que je ne découvre ce dernier opus où le groupe me semble nettement plus mature et plus posé qu’auparavant, en termes de sonorités. Grâce à cet horrorcore moins kitsch, plus ambient et épuré, ils parviennent à créer une atmosphère angoissante dès les premiers instants. Mélangeant ainsi un flow rapide et fluide avec des nappes sonores sombres aux crescendos terrifiants, There Existed an Addiction to Blood est une expérience à vivre plus qu’un simple album de rap/hip-hop. 

Certains reprochent au groupe de faire du bruit pour faire du bruit mais je ne suis pas de leur avis. Les interludes noisy sont intelligemment placés entres les pistes chantées, nous rappelant alors que les détails de la musique expérimentale et du minimalisme ont leur importance pour créer une oeuvre complexe et complète. Le groupe s’essaie même à la musique concrète avec ce morceau de 18 minutes, le final, où l’auditeur entendra simplement le son d’un piano qui brûle (d’où le titre, « Piano Burning »). Il s’agit d’une performance artistique qui n’est pas nouvelle et qui consistait à jouer d’un piano en feu le plus longtemps possible, jusqu’à la combustion totale. La version de .clipping est à écouter lors d’un trajet en voiture, la nuit de préférence. Frisson garanti pour les amateurs d’immersion auditive.

Alors, fantaisie expérimentale fadasse ou oeuvre complètement immersive? Choisissez votre camp mais quoi qu’il en soit, j’ai choisi le mien et je recommande chaudement There Existed an Addiction to Blood  si vous n’avez pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit d’expériences musicales inédites. 

  • Guillaume

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