Post Rock, Post Metal Doom, Sludge, Trip Hop, Prog, Mathrock, Chaotic Hardcore. Des mots tout cela, des étiquettes. Laissez-vous guider par mes émotions. Orienter les vôtres et vous donner de quoi rêver. Planer ou encore vous déchaîner.

Ayant été inspire par le stoner psychédélique instrumental et improvisé des Hongrois de LiquidAcid, je vous propose une petite nouvelle en deux parties à la place d’une chronique plus conventionnelle. Leur nouvel album Divining Road est paru en août dernier et est divisé en deux parties. Vous comprenez dès lors ma démarche. Cependant, je ne vous en dis pas plus et vous laisse avec Lance et Gimbal. Bonne chance à votre cerveau. Et un conseil: écoutez l’album en lisant.

 

Part I :

1974. Lance Angst possède une petite boutique de vinyles où il y sent bon le hash et l’encens. Sa vie est un peu ennuyeuse, il faut bien l’avouer. Ses favoris, sa moustache bien taillée, sa coupe de cheveux typique de l’époque, qu’il a vu dans son magazine préféré, le « Scurry Release ». Il diffuse du ABBA dans son magasin en dégustant un sandwich au thon, au nez et la barbe de Gimbal, un chat roux et vilain, des sales moustaches tout azimut, un caractère bien trempé. N’ayons pas peur des mots, ce chat est un merdeux, mesquin et voleur. Oui disons-le clairement : ce chat est un fils de chien. D’ailleurs si Lance tournait le regard, Gimbal ne ferait qu’une bouchée du sandwich. Mais vu les volumes de ventes en ce mois de septembre, on ne peut pas dire que les clients se pressent trop pour faire la file devant ses étalages. Dès lors, Lance est relativement peinard et mange sans se soucier.
Il est tranquille avec son short vert et sa chemise à fleurs mal accordés derrière son comptoir quand la clochette de la porte d’entrée résonne. Un client. Enfin ! Il est 10.45 et il s’emmerde grave. Il va au moins avoir une interaction autre que Gimbal et son vieux collier dégueulasse. Lance pose son sandwich au thon sur une assiette, loin du regard du chat sournois. Cependant, le client en question est un peu inhabituel. Un costume noir sobre, une chemise blanche, une cravate noire et un chapeau dans les mêmes tons. Rasé de près, chauve, l’homme se présente au comptoir… et ne prononce pas le moindre mot. Son visage est pour le moins inexpressif, même Gimbal a l’air plus sympathique. Lance remarque une mallette aux contours métallisés à main droite du type. D’ordinaire peu causant et laissant sa clientèle aller à son gré dans les rayons, il se risque tout de même à la question.

– Salut, je peux vous aider ? Si jamais c’est ABBA en fond sonore, Waterloo, il est sorti en février dernier.

L’homme reste extatique, n’émet pas un bruit et reste planté devant Lance. Ce dernier n’a aucune idée de comment gérer la gestion, Lance est un vieux type qui n’en a plus ou moins rien à foutre de rien, le manège pourrait s’éterniser de la sorte longtemps.

– Bon ben euh, je vous laisse regarder les disques, si vous avez besoin, je bouge pas d’ici mon pote.

Mais notre homme a une réaction particulière. Il pose sa mallette sur le comptoir, enfile des gants noirs sortis de sa poche intérieure et déverrouille délicatement l’attaché-case. Se présentent aux yeux de Lance sur chacun des deux côtés deux vinyles très colorés. L’homme reste sans expression, malgré le regard sceptique de Lance. Il se penche vers les objets et y lit LiquidAcid. Les albums s’intitulent apparemment Divining Road pt. I et II. Les illustrations sont de toute beauté, Lance a le sentiment de la défonce rien qu’à l’observation. Les yeux rivés sur les deux vinyles, il se hasarde à parler à l’homme.

– Mec, je ne peux pas acheter en direct aux artistes ou représentants. Sinon le fournisseur sera en rogne et …

Mais l’homme n’est plus là. Sans un bruit, sans clochette, sans un brin de vent, il ne reste plus que la mallette et Gimbal sur le comptoir, ses rayons vides de toute vie. Il arpente les allées mais non, le type s’est volatilisé. Le vieux chat semble paisible, aucun sens en alerte. Mais il en faudrait plus pour éveiller la curiosité de Lance, pour qui la vie n’est pas modifiée. Il revient à sa place et observe les deux objets, en alternant son regard vers Gimbal, apparemment irrité des voyages de Lance et du bruit occasionné. Mais bref, un détail intriguant attire l’attention du vendeur. Au dos du vinyle, en petits caractères, il peut lire « Copyright 2020 ».

– Hé Gimbal, je crois que le type était plus défoncé que nous sur le coup.
– Meouw…
– Par contre, c’est du putain d’artwork, je crois qu’on va arrêter un peu ABBA et voir ce que ça a dans le ventre.
– Meouw…
– Va te faire foutre, t’auras pas mon sandwich Gimbal!

Le chat vexé, se retourne et se recouche. Lance se dirige vers la platine et enlève délicatement Waterloo, pour le remplacer par ce mystérieux Divining Road. Mais alors que l’aiguille effleure le vinyle, il se produit… quelque chose d’indescriptible aux premiers abords. Sa vision tourbillonne comme le disque sur des riffs psychédéliques version magicien d’Oz, la nausée s’empare de lui quelques secondes. Son premier réflexe est de fermer les yeux. Mais en les ré-ouvrant, Lance a un peu du mal à comprendre ce qu’il voit. Il n’est plus dans son magasin et… quelque chose en lui et sur lui a changé, une différence majeure. Il porte un jeans des plus serrés, une chemise rouge, des baskets ont remplacé ses tongs.
Par réflexe, il porte sa main à sa bouche et se découvre un peu lisse sous le nez. Sa moustache a disparu. Mais si ce n’était que ça… Lance se trouve dans une sorte de supermarché où des gens déambulent derrière des caddies, harnaché chacun d’un masque couvrant nez et bouche, la gueule plongée dans un objet noir et plat, le doigt glissant dessus. La lumière est aveuglante et la musique diffusée hideuse, il n’a jamais entendu un tel truc aussi dégueulasse. Pris de panique, il cherche un endroit pour voir son reflet. Sa coiffure est plus courte, ses favoris n’existent plus. La perception de sa propre image l’effraie, il peine à se reconnaître lui-même mais le pire reste à venir. Il comprend assez rapidement qu’il est vendeur dans ce magasin où tous les employés sont en chemise rouge… mais il n’y a que quelques vinyles paresseux et minables. Des sortes de bornes avec un écran partout semblent proposer de la musique en promotion. Son regard croise alors un écran indiquant une date : le 17 septembre 2020. Lance se parle à lui-même.

– Bordel, je suis totalement démonté ou quoi ?
– Sûrement, mais ton job va pas se faire tout seul, alors bouge ton cul, qu’on se casse à l’heure ce coup-ci, tu veux ?

Surpris, Lance se retourne et fait face à un gars plus âgé que lui, roux mal coiffé et mal rasé, un regard antipathique, un peu grassouillet et semble assez fainéant dans son attitude. Il refuse d’y croire mais pourtant, l’évidence s’impose d’elle-même dans l’esprit de Lance. Grimaçant et toisant le type de haut en bas, Lance se risque à rapprochement des plus hasardeux et des plus insensés.

– Gimbal ?

Suite à venir…

Bonne écoute.

  • Tiph

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