Rédacteur en chef et Fondateur de NMH. Spécialisé dans le post-rock, l'ambient, le post-metal, le psychédélique et la musique progressive en général.

Le paysage du post-rock est actuellement saturés de groupes, récents ou plus anciens, qui nous servent régulièrement des albums certes très agréables, mais peu novateurs. Les mêmes structures mélodiques, les mêmes progressions d’accords ainsi que les mêmes artifices musicaux sont inlassablement utilisés pour créer une ambiance souvent similaire à ce qui a déjà été fait dans les années 90 lorsque la seconde vague des groupes de post-rock s’est développée. Un peu d’humour et d’auto-dérision n’est donc pas de trop pour illustrer mes propos :

Alors ce n’est pas nouveau, ni lié uniquement au genre qui nous intéresse ici. Que vous preniez la pop, le rock, le métal, le jazz (et ses sous-genres) ou même des genres plus obscurs comme le krautrock, le rock progressif/psychédélique, l’ambient ou l’abstract hip-hop, vous allez toujours retrouver les mêmes caractéristiques inhérentes à ces styles de musique. Et si vous vous cantonnez à ces univers, vous risquez bien de vous ennuyer en pensant, à juste titre, que « c’est toujours la même chose ». Par exemple, le krautrock utilisera la musique pour créer une ambiance psychédélique et spatiale, l’ambient pour évoquer un « parterre » sonore censé vous plonger dans une atmosphère particulière… Il y a de nombreux exemples.

Tout ceci est la raison pour laquelle je serais plus nuancé que ces détracteurs du post-rock, de plus en plus nombreux sur la toile et les réseaux sociaux, qui revendiquent l’ennui que provoque la monotonie et le manque d’originalité de ce genre. Ce qui devient intéressant est d’explorer un peu plus les genres qui vous touchent afin de trouver la petite perle qui se démarque des autres albums. Ce groupe, cet album ou ce morceau qui vous fera dire « là, ils apportent quelque chose de plus », sans pour autant dénigrer les autres albums, certes agréables mais peu originaux. C’est ici que vient le groupe dont cette chronique va tenter de dresser le portrait (flatteur?) : Féroces.

Féroces fait partie, selon moi et en toute modestie évidemment, de ces collectifs qui sortent la tête de la masse d’artistes tentant de faire pareil. Le groupe français, originaire de Besançon, s’est peu à peu imposé comme une valeur sûre du post-rock des deux dernières années. Après un troisième EP, « Joséphine » que j’évoquerai plus tard, le trio français sait toujours surprendre l’auditeur.

Et c’est en 2016 que j’avais découvert Féroces avec leur premier EP, « Juliette« , sorti dans une magnifique édition vinyle bleue à l’époque. Le ton stylistique de l’album est tout de suite donné avec « Même ça tu n’as pas le courage » qui nous plonge directement dans l’univers « musico-cinématographique » des musiciens passionnés et passionnants. Du post-rock avec des extraits de dialogues de films français… Quelle merveilleuse idée! Et les films ne sont pas choisis au hasard. Hors de question pour Jérôme et ses deux acolytes de reprendre des répliques poétiques de Dany Boon dans Bienvenue chez les Ch’tis ou de Kev Adams dans Alad’2, non, le trio utilise des films de Jean-Luc Godard, de Christian-Jaque ou encore de Claude Chabrol. Des connoisseurs en fait!

Donc ce sont, dès le premier album, des dialogues de choix que vous entendrez. Avec des phrases iconiques telles que « Y’a qu’à s’intéresser aux choses et les trouver belles » ou « On reconnait quand même quelqu’un quand son visage vous inspire plus de désirs qu’aucune autre partie de son corps« … Les gars derrière Féroces sont des poètes.

S’en suit alors une tournée des stades incroyable et un engouement de la presse people complètement fou! … Non allez, je déconne ce serait trop beau, mais les médias underground montrent de plus en plus d’intérêt envers les compositions du groupe français qui s’impose petit à petit comme un groupe vraiment original.

Le deuxième EP, « Victor », est dans la lignée du précédent. Les six morceaux présents sur l’album sont de choix et mes préférés deviendront, après des dizaines d’inlassables écoutes, « L’odeur du cuir » et « Slalomer entre les ivrognes« . Féroces grandit, leur public aussi. Par contre, comme le disait Jérôme lorsqu’on nous l’avions interviewé après leur concert à Marbehan, petit village du sud de la Belgique, les membres du groupe n’ont pas la prétention d’être de grands cinéphiles. Ils sont là pour s’amuser, le tout avec l’attitude rock’n’roll bien sympathique qu’ils véhiculent en live.

Arrive enfin le dernier opus en date : « Joséphine« . Sorti il y a à peine quelques jours dans une sublime édition vinyle jaune, le disque symbolise pour moi toute la grandeur et la richesse du groupe. Plus lourd que les deux précédents EPs, « Joséphine » est un bel exemple pour prouver aux détracteurs du post-rock que ce genre n’est bel et bien pas mort. Avec des influences telles que Cult of Luna sur « Une tempête de neige sur l’autoroute« , les musiciens ne peuvent pas se tromper.

Dans ce dernier EP, le groupe choisi des films plus récents. « Je l’aimais« , « Deux jours à tuer« , « Seuls contre tous » ou encore « 120 battements par minutes » sont quelques uns de ces long-métrages mis à l’honneur sur « Joséphine« .

Et alors comment oublier de mentionner ce merveilleux monologue plein de désespoir sur le dernier morceau « A chacun son petit tunnel« ? Un titre qui conclut à merveille un dernier EP plus que réussi et qui, je l’espère, donnera au groupe l’opportunité de s’envoler encore plus loin dans les hautes sphères de ces groupes qui réussissent à révolutionner petit à petit un genre toujours en constante évolution, n’en déplaise aux haters.

Respect à Féroces et longue vie à ce groupe qui a encore de très beaux jours devant lui.

 » Personne ne danse, personne ne chante » – Féroces

  • Guillaume

Lien Bandcamp : https://feroces.bandcamp.com/releases

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