Post Rock, Post Metal Doom, Sludge, Trip Hop, Prog, Mathrock, Chaotic Hardcore. Des mots tout cela, des étiquettes. Laissez-vous guider par mes émotions. Orienter les vôtres et vous donner de quoi rêver. Planer ou encore vous déchaîner.

Ayant été inspire par le stoner psychédélique instrumental et improvisé des Hongrois de LiquidAcid, je vous propose une petite nouvelle en deux parties à la place d’une chronique plus conventionnelle. Leur nouvel album Divining Road est paru en août dernier et est divisé en deux parties. Vous comprenez dès lors ma démarche. Cependant, je ne vous en dis pas plus et vous laisse avec la fin des aventures de Lance et Gimbal. Bonne chance à votre cerveau. Et un conseil: écoutez l’album en lisant.

 

Part II:

  • Gimbal? C’est toi?

Les yeux de l’interlocuteur de Lance semblent interrogateurs.

  • Ben ouais qui veux-tu que je sois d’autre ?
  • Non, je veux dire, t’es pas un humain, c’est quoi ce délire ?
  • Je ne suis pas un humain ? Et tu voudrais que je sois quoi ? un chat ?
  • …Beh ouais putain, t’es un chat là d’où je viens !!!!

Gimbal fixe Lance avec un regard dubitatif. Il ne semble pas vraiment convaincu, même Lance se perd dans son esprit et croit halluciner.

  • Mec, je sais pas ce que t’as pris mais bordel, on en prend demain soir. Mais tu me stresses là, t’es sûr que tu veux pas rentrer chez toi t’allonger ? dit-il en posant sa main sur l’épaule de Lance.
  • Bordel, j’étais dans ma boutique et là je me retrouve 60 ans plus tard et j’ai pas vieilli, je capte rien à ce…

Mais Gimbal ne le laisse pas terminer sa phrase et explose de rire tellement fort qu’il se tient son gros ventre avec ses mains.

  • Hahahahahahahahaha bon sang trop bon mec, tu as tout gobé, t’es trop bon ! Bordel que c’est bon de rire ! attends, faut que je le dise : SANDWICH AU THON !!! trop fort hahahahah le langage humain
  • Hein ? rétorque Lance
  • Mec, bien sûr que je suis ton chat, tu voudrais que je sois qui ? Chelsea Wolfe ?
  • Qui ?
  • Ouais non, juste laisse tomber, dit-il en gesticulant n’importe comment. Oh bordel que c’est bon de marcher sur deux pattes et de parler. Par contre, niveau léchage de couilles et trou de balle, ça va être tout de suite plus compliqué et..
  • Tu vas m’expliquer ce qu’on fout ici ou merde ?, l’interrompt Lance assez agressivement. Mais bordel, je parle à un chat là merde !
    • No stress pote, no stress, t’es en plein trip sur l’album de LiquidAcid, tu t’es fait un bon stick et là on est dans ton crâne… sûrement, enfin j’en suis pas sûr, on a peut-être traversé le temps qui sait après tout ? Dark tu connais ? Ah non pas encore, t’as pas neuf vies comme moi toi.

Si Lance reste un peu paniqué, la présence de Gimbal lui apporte cependant un peu de quiétude. Il est en plein délire et se réveillera bientôt. Cette pensée fait naître en lui une forme de curiosité. Tant qu’à visiter le futur, autant que ce soit cool.

  • Ce Divining Road me fait tripper à ce point-là ?
  • Mec, même moi je suis stone total, ça fait genre au moins une heure qu’on déraille au milieu du magasin, ça dépasse le seuil du simple psychédélisme. Ce sont des Hongrois, peut-être qu’ils sont eux-mêmes grave jetés.
  • Gimbal, s’il te plaît, calme ta joie, le coupe Lance. Okay, je suis stone mais tu peux m’expliquer ce qu’on fout ici dans un… magasin ? C’est quoi ce trip avec les gens-là ?
  • Oh ça… C’est rien, les gens vont devenir assez cons dans le futur, la télé va leur imposer de l’utiliser car c’est hyper important, qu’ils ne devront plus s’en passer, et tout le tralala etc. Comme c’est tous des moutons, t’en as pas un qui se posera la question, pas même le type qui relate notre aventure (Salut Tiph, ça roule vieux frère ?). Bref ils sont condamnés à l’extinction. Vivement le ministre qui va les appeler au suicide !
  • T’es en train de me dire que le petit objet qu’ils tiennent dans les mains va tous les tuer ?
  • Dans le mille mon pote. Et tiens-toi bien, c’est un téléphone…enfin à la base c’est en un.
  • Sans fil ?
  • Tout pile.
  • Waw… Et pourquoi ils ont des masques ?
  • Même idée, on va leur dire qu’un vilain virus est dans l’air avec plein de contradictions dans les débats. Mais no stress, ils seront bien éduqués, ils iront même plus en concert au final et là, on leur dire qu’ils peuvent l’enlever.
  • T’es sérieux ?
  • Aussi sérieux que mes couilles me grattent, Lance ! Oh bordel, comment j’ai bon d’avoir des vrais doigts !
  • Attends, pourquoi on est pas dans mon magasin, même dans mon crâne ?

Gimbal grimace, comment va-t-il lui annoncer ça ?

  • Lance j’ai un truc à te dire… Tu vois, les disquaires de ton époque ? Beh ils vont tous disparaître et les gens achèteront de la musique qui n’existe pas en objet mais en données. Enfin quand ils l’achèteront, car la plupart la prend gratuitement à droite à gauche. Sauf quelques-uns qui voudront encore posséder l’objet, toucher le vinyle chik-chak. Crois-moi, seront pas des masses.

Lance est effrayé par les révélations de Gimbal. Il veut revenir à son époque et mourir avant de vivre tout ce bordel. En fait, il sera sûrement mort 46 ans plus tard après tous ses excès. Cette pensée le réjouit.

  • Et les gens, ils vont découvrir la musique comment alors ? demande Lance.
  • Bah, comme je te disais, il y en aura quelques-uns qui continueront à chercher des découvertes, comme NMH par exemple.
  • NM quoi ?
  • NMH mec, New Musical Horizons. D’ailleurs, vu que j’ai une perception extra-sensorielle, je peux te dire que le type qui rédige notre aventure là, il est bien arraché avec ce putain d’album des Hongrois de LiquidAcid. Il se parle à lui-même c’est génial. D’ailleurs il rigole en écrivant ceci. Et il se demande si je suis pas lui moi Gimbal. Ouh là ça devient louche.

Tandis que Gimbal se tortille dans tous les sens (après tout c’est un chat), Lance regarde tout autour de lui. Cet endroit semble si faux. Aucune âme n’y vit autre que le profit. Soudain, il entend du bruit au loin… comme un concert dans la galerie. Il connaît bien cet air mais il pense l’entendre dans sa tête.

« Waterloo…Waterloo I was defeated, you won the…”

  • Gimbal, je rêve ou j’entends ABBA jouer dans la galerie ?

Le groupe ne devrait plus exister après autant d’années. Gimbal est désormais tout feu tout flamme et se secoue d’avantage, il est énervant.

  • Ouais génial, viens on va voir !

Mais ce que Lance découvre le laisse sans voix. Il y a une scène certes, des gens avec des masques devant écartés les uns des autres, mais le groupe est comme… à la TV, on peut voir à travers les musiciens, ils ne sont pas vraiment là. De plus, Lance remarque qu’il y a aucune enceinte. Il entend le son mais il vient de nulle part. Gimbal s’amuse de voir Lance si perdu, de plus en plus paniqué.

  • Ce sont des hologrammes mec, c’est ça l’avenir de la musique, dans les centres commerciaux, pour dépenser ton putain de fric en même temps. Et tu entends parce que tu as des oreillettes pour pas déranger les gens. C’est trop cool non ? Les gens, ils veulent tout mais ils supportent plus rien en 2020.
  • Hein ?? mais qu’est-ce que…

Lance chipote le lobe de ses oreilles et enlève deux minuscules bouchons noirs et tout son décède en même temps autour de lui. Les gens dansent mais il ne voit plus les… comment il a dit encore… « hologrammes » c’est ça ? La scène est vide. Gimbal se trémousse n’importe comment, sourire béat d’extase et il peut lire sur ses lèvres « faut que j’me lèche les couilles ».

Lance perd pied, s’écroule en suffoquant de ce monde qui l’oppresse. Les gens se rassemblent autour de lui avec de grands sourires qu’il devine derrière ces masques, avec des flashs qui sortent à travers leur téléphone sans fil (d’ailleurs un téléphone qui prend des photos, c’est quoi le délire là?). Il hurle alors de tous ses poumons, le son lui parvient faiblement pour ensuite lui exploser les tympans. Le visage de Gimbal ricanant est la dernière image qu’il voit avant de se réveiller en hurlant derrière son comptoir où il s’était assoupi au son de LiquidAcid. Mais si ce n’est que c’est bien Waterloo d’Abba sur la platine. Gimbal est bien un chat et il n’en a strictement rien à foutre de Lance. Il roupille sur le comptoir. En sueur, Lance réalise que tout ça était faux. Sa moustache et ses favoris sont de retour et il nage dans ses vêtements amples. Revoir sa chemise à fleurs ne lui a fait autant de bien.

  • Bordel, faut que j’arrête la Marie Jeanne, sérieux.

Cependant, deux éléments vont vite sauter aux yeux de notre héros… il y a bien une mallette aux contours métalliques sur le comptoir…mais elle contient deux encoches à vinyles vides… Ah oui, son sandwich au thon a également disparu.

Fin

Bonne écoute

  • Tiph

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