Rédacteur en chef et Fondateur de NMH. Spécialisé dans le post-rock, l'ambient, le post-metal, le psychédélique et la musique progressive en général.

Retour sur, selon moi, l’un des meilleurs albums de tous les temps tant lorsqu’il s’agit de la richesse musical que de la recherche intelligente au niveau du contenu. Un disque engagé qui mérite une analyse en profondeur.

Nous sommes en 2007, année de sortie, deux ans après With Teeth, de Year Zero, véritable OVNI dans la discographie de Nine Inch Nails. Ce chef d’oeuvre ne l’est pas seulement d’un point de vue musical, il forme à lui seul un ensemble de fictions tout autour de l’univers thématique de cet album: de faux sites Internet en rapport avec l’histoire de l’album, un code caché dans les paroles transcrites dans le livret fourni avec le CD, des fans-fictions…

Bref, il s’agit d’une œuvre artistique multidisciplinaire! Vous découvrirez un univers complexe avec une histoire riche non seulement dans la musique en elle-même, mais aussi en vous amusant à déchiffrer tous les codes cachés dans les titres et dans le livret afin dévoilant progressivement un contenu élargi. Ou bien, pour faire plus simple, cherchez sur Internet ce que les fans auront déjà trouvé avant vous, il existe une page wikipédia spécialement consacrée à ce mastodonte.

Je ne vais pas détailler dans cette chronique tout ce qu’il est possible de trouver, je vais simplement me concentrer sur l’album et l’univers contenu dans les morceaux, ce qui est déjà très large finalement! Year Zero arrive dans une pochette très mystérieuse, avec « La Présence », sorte de main fantôme descendant du ciel.

Pochette Digipack avec deux artworks intéressants, d’un côté une main qui porte une bible et de l’autre, une main quasi identique portant une arme, au milieu se trouve le CD qui, pour l’anecdote, est noir, mais lorsque vous l’aurez laissé tourner dans votre lecteur sera devenu blanc, grâce à une réaction à la chaleur du revêtement du CD. Faites le test, laissez votre doigt quelques secondes dessus et observez, lorsque vous l’aurez retiré, la trace blanche, simple et génial !

Vue du CD avant (gauche) et après (droite) l’avoir écouté. Effet de chaleur original!

Il s’agit d’un concept-album dont le contexte est la fameuse année zéro, où les États-Unis sont victimes d’une dictature écrasante dans le futur (pas si lointain que ça ?). Nous sommes loin de la violence brutale et crue de The Downward Spiral, mais également dans un style complètement différent comparé à With Teeth, album sorti 2 ans plus tôt, beaucoup plus accessible.

L’album commence avec un « Hyperpower » qui donne tout de suite le ton : un régime politique matraquant et saisissant à l’image de la batterie fulgurante de ce titre. On enchaine avec « The Beginning of the End », véritable introduction au thème abordé dans l’album, qui monte en puissance au fil des secondes. Nous sommes également transportés dans différents styles, qualifier l’album uniquement de rock industriel serait une erreur, mais bon, c’est le style le plus proche. On trouve également quelques titres bien différents comme « Me, I’m Not », rappelant du trip-hop. « Capital G », certainement plus accessible que d’autres titres, n’en est pas moins judicieux.

On change de tempo avec « Violent Heart », titre fort calme à première vue qui explose littéralement lors du refrain. Ce titre a d’ailleurs une anecdote assez intéressante, il s’agit du premier titre à avoir été leaké d’une façon assez originale : lors du concert du 12 février 2007 à Lisbonne, le groupe a intentionnellement laissé une clé USB suspecte dans les toilettes qui contenait « Violent Heart ». À la fin de la chanson, on pouvait entendre un bruit vraiment bizarre, et en analysant le bruit à l’aide d’un spectromètre audio (possible avec Audacity par exemple), on se rend compte que le son représente « La Présence », voyez donc l’image suivante, il s’agit du passage en question. Le titre n’est d’ailleurs plus sous cette forme dans l’album, mais on retrouve ce procédé sur le morceau suivant : « The Warning ».

Fin du titre « Violent Heart » vu sur un spectomètre audio.

Une autre série de titres à été trouvée sur 2 autres clées USB dissimulées pendant deux autres concerts, un en Espagne et l’autre à Manchester, au Royaume-Uni. Il s’agit de MP3 avec des grésillements ainsi que « Me, I’m Not » leaké volontairement évidemment. Dans ces titres bizarres, on pouvait trouver également un numéro de téléphone et si vous l’appeliez à l’époque, vous pouviez entendre une conversation téléphonique.

Un autre numéro a été imprimé sur certains T-Shirt du groupe et lorsqu’on l’appellait, on entendait un extrait de « Survivalism« . Tout cet univers vaut vraiment la peine d’être découvert car Reznor a vraiment été loin dans la fiction, jusqu’à organiser un faux concert dans une campagne « Art is Resistance » toujours pour l’histoire du disque Year Zero. Rien que pour découvrir une histoire hors du commun et sentir une sorte de mystère planer sur le disque, ça vaut le coup.

Poursuivons avec « Meet Your Master » qui est une de mes préférées sur cet album, morceau ultra puissant et destructeur à l’image de « The Great Destroyer » qui part, après 3 minutes, dans une sorte de solo électronique survolté et anarchique. Bombe finale d’ailleurs, car « Another Version of the Truth » est un instrumental avec un fond musical stressant accompagné par un piano. On termine avec 2 morceaux différents : « In This Twilight » et « Zero-Sum ». Le premier est plus « classique », chargé d’émotion et de sens et le second plus expérimental, mais tout aussi efficace et intelligemment placé comme conclusion de l’album.

Un 10/10 d’office pour ce chef-d’œuvre musical. Les fans inconditionnels où les gens qui aiment les découvertes surprenantes écouteront cet album de bout en bout tandis que les autres risques de s’arrêter après 2 ou 3 titres, car il faut bien l’avouer, l’ambiance est assez pesante voire étouffante malgré une musicalité très recherchée pour chaque titre.

Si vous êtes tenté dans cet univers infiniment vaste, je vous conseille de nouveau de consulter la page wiki de Year Zero où vous pourrez trouver toutes les infos (de base) au sujet de l’histoire du disque. Il y a un grand nombre de sites fictifs et de numéros mystérieux à déchiffrer soi-même pour le plaisir. Tous ces artefacts aident à comprendre la complexité de la réflexion de Monsieur Nine Inch Nails : Trent Reznor.

  • Guillaume

 

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