Post Rock, Post Metal Doom, Sludge, Trip Hop, Prog, Mathrock, Chaotic Hardcore. Des mots tout cela, des étiquettes. Laissez-vous guider par mes émotions. Orienter les vôtres et vous donner de quoi rêver. Planer ou encore vous déchaîner.

Comme vous le savez, j’aime souvent me pencher sur l’étymologie des mots. Quand je ne trouve pas un sens littéral, j’en trouve un plus philosophique. Dans le cas présent, la présence du « Lys » dans le nom des deux albums des Français d’Ingrina m’a interpellé. Etter Lys en 2018 et désormais ce nouvel opus Siste Lys … il ne m’en fallait pas plus pour me lancer dans un jeu de piste. Et je crois avoir découvert des choses intéressantes qui vont me lancer dans mes élucubrations habituelles. C’est-à-dire très fumées.

 

« Lys » provient du norvégien et signifie « Lumière », « Etter Lys » signifie « Après la Lumière ». Cette révélation m’a replongé dans l’écoute de ce premier album effectivement très sombre, comme enfoncé loin dans les tréfonds d’une forêt qui semblerait inapprochable, infranchissable et refermée sur elle-même. Cependant, le jeu de composition d’Ingrina restait assez lumineux. Comme un feu follet à travers la nuit, cherchant son chemin. Là, je vous ai planté le décor. Maintenant, je vous révèle que « Siste Lys » signifie « La dernière lumière ». Notre feu follet qui se cachait dans le premier opus va se transformer en une brillance éblouissante dans sa nouvelle aventure. Peut-être sa dernière également, avant de renaître sous une autre forme, qui sait.

Cette fois, notre feu follet a quitté sa forêt pour s’exiler en montagne, dans les glaciers norvégiens, ceux qui renferment toujours certains secrets de la vie sur Terre. Si vous observez ce sublime artwork, cela ressemble vaguement à un glacier avec des terres sur la gauche. L’étendue de ce glacier en fait une véritable prison de froid et de glace. C’est le sentiment qui me préoccupe à l’écoute du gigantesque « Jailers », beaucoup plus inquiétant dès les premières secondes. Les deux batteries d’Ingrina s’ébranlent sur un riff aérien qui nous emmènent haut. Très haut. Feu Follet a fui le plus loin qu’il pouvait pour échapper à l’humanité. Dépoussiérer ses propres rêves à travers son immense prison et ce long morceau lancinant, prenant, contemplatif. Le feu follet peut observer sa Lune durant la nuit, dans sa splendeur la plus fastidieuse.

Cependant, la peur guette, une ombre approche dans la blancheur du sommet nordique. On y parle de l’entourer de grands murs sur « Walls ». La crainte se traduit par cette ambiance de film catastrophique où larsen et basses s’entrechoquent pour étouffer l’atmosphère. Rendre l’air encore plus glacial. Le feu follet veut protéger cette terre devenue patrie à ses yeux. Comment faire ? Lui qui n’est qu’un seul dans la centaine de feux follets à vivre dans la montagne. La réponse, du moins, son préambule se lit dans le titre « Casual ». Titre hyper puissant, honorant les mémoires de Year Of No Light et Russian Circles, mais qui va s’envoler dans les airs en à peine deux minutes…

Pour laisser place au massif « Stolidity », titre déjà plus ancien, qui trouve sa place cependant dans l’équation. D’ailleurs, l’équation reste à résoudre pour le feu follet qui refuse de voir son nouveau monde mourir. Car là où passent les humains, toute nature devient morte. Lui vient alors l’idée qui peut sauver tout ce qu’il en aime. Il transmet toute la chaleur de son âme dans la neige et les glaces. Petit à petit, ce réchauffement les fait fondre et couler. Couler pour se transformer en lave. En lave de glace très exactement. Recouvrir un maximum de paysage, de territoires et de forêts. La faune, la flore, tout sera englouti pour échapper à la folie humanitaire.

Feu Follet sent alors que tout son esprit recouvre le massif d’eau et de neige, mais aussi sa vie s’enfuir. Certes, quelques pertes sont ensevelies mais elles préféraient de toute façon ce destin. « Frozen » annonce la fin de l’histoire et surtout cette dernière lumière. Feu Follet va s’éteindre pour insuffler suffisamment de puissance à l’air glacé pour geler toute la montagne. Du moins, le plus de superficie possible. Sera-t-il suffisant pour stopper l’humanité ? Feu Follet ne le saura jamais. Mais en abandonnant ses dernières forces durant cette nuit claire, il a la chance, le privilège d’observer une dernière fois cette lune, à la fois si proche et si chaleureuse à son regard, sans même lui avoir jamais prononcé un mot. Au tout dernier instant, la Lune projette des rayonnements tellement puissants qu’elle solidifie à jamais de glace toute l’étendue que feu follet a voulu protéger. Il a réussi son entreprise folle. Cette glace est éternelle. Un dernier sourire, un dernier souffle, un dernier regard… une dernière lumière.

Après cette histoire à la fois lumineuse et sombre, je vous offre ma vision de Siste Lys. La vision d’un opus qui, comme son prédécesseur, est empli de lumière, mais avec plus de ténèbres autour de son aura. Le propos s’est enfoncé depuis Etter Lys, pour laisser plus de mélancolie dans les compositions, mais surtout plus de forces évocatrices encore. Ce qui peut se concevoir comme une suite logique dans l’évolution d’Ingrina. Ce deuxième opus est d’autant plus concret que le premier (alors qu’il était parfait) et laisse tout de même place à une suite de cette lumière. Svart Lys par exemple ? Qui sait ? Je serais preneur pour redonner vie à Feu Follet.

Bonne écoute

  • Tiph

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