Rédacteur en chef et Fondateur de NMH. Spécialisé dans le post-rock, l'ambient, le post-metal, le psychédélique et la musique progressive en général.

A une époque où les changements climatiques sont abordés jours et nuits sur nos écrans et dans nos journaux (en plus de la médiatisation de Greta Thunberg), les groupes s’approprient la thématique, d’une importance indéniablement capitale, pour la décliner en musique. Cette ambiance de désolation n’est d’ailleurs pas neuve pour We Lost The Sea, mais je ne reviendrai pas sur l’histoire tragique qu’ont vécu les membres du collectif et je vous invite à lire cette interview très complète ICI afin d’en savoir plus. Signalons juste au passage que le groupe passe, après deux albums fabuleux eux aussi, de l’univers musical proche de celui de Cult of Luna ou ISIS à celui du post-rock et de ses longs morceaux aux crescendos mélancoliques. Le groupe se sera d’ailleurs approprié le style dans un Departure Songs déchirant qui tourne régulièrement sur ma platine.

Donc, pour Triumph & Disaster, le groupe avait la lourde tâche d’écrire un album qui en serait le digne successeur. Et croyez-moi, bien que différent, c’est une réussite indiscutable.

Depuis quelques semaines maintenant, je me passe en boucle, de temps à autre, l’intégralité de l’album pour pouvoir me l’approprier et je pense que le chemin n’est pas entièrement parcouru. Si, à la première écoute, je n’étais pas pleinement convaincu, c’est en prenant le temps de me poser que la musique s’est dévoilée petit à petit. La structure est toutefois quelque peu déconcertante car, après vous avoir infligé deux fabuleuses claques avec « Towers » et « A Beautiful Collapse » (les deux singles dévoilés jusqu’à présent), le groupe se permet un petit interlude d’un peu plus de 4 minutes et va ensuite enchaîner les passages plus puissants avec les plus contemplatifs, parfois au sein d’un même morceau.

Mais, en y réfléchissant bien, c’était déjà le cas sur Departure Songs où le groupe n’avait pas hésité à faire de longues pauses, notamment agrémentées d’un superbe monologue sur « Challenger ». J’apprécie d’ailleurs de ne retrouver ça que chez We Lost The Sea, la plupart des groupes de post-rock ayant une structure (souvent) plus linéaire, ce qui en soi, n’est pas une mauvaise chose bien entendu, uniquement un constat. Petite réflexion au niveau des sonorités, je remarque que pas mal de groupes actuels ont un son de batterie relativement sec qui se prête très bien au genre, je pense notamment à Cavallo avec leur excellent Interstices que je vous conseille vivement. Cela fonctionne bien ici aussi, fort heureusement. 

Ensuite, là où « Towers » et « A Beautiful Collapse » apportaient plus de lourdeur que dans l’opus précédent, « Parting Ways » renoue avec la mélancolie grâce à cette jolie mélodie arpégée sur fond de battements de cœur…  Quel morceau magnifique qui se termine dans une certaine explosivité tout à fait jouissive. La patience est une vertu que We Lost The Sea cultive depuis les premiers albums, et je pense que ces longs moments à « attendre » rendent les climaxes encore plus gratifiants, c’est donc une force plus qu’une faiblesse même si cela demande quelque fois un apprentissage, dans un monde où tout est disponible directement, sans la moindre attente et sans le moindre effort.

Viennent enfin « The Last Sun », plus classique que les morceaux précédents, et surtout le morceau final, « Mother’s Hymn », la track inattendue de l’album qui sonne comme un générique de fin venant compléter un crescendo final qui m’avait laissé sur ma faim lors du morceau précédent. Mais la très jolie voix de Louise Nutting apporte cette dernière touche de surprise et de douceur qu’il nous fallait, juste au bon moment, avec une mélodie délicate jouée au piano. Triumph & Disaster est un excellent disque qu’il me faudra écouter à nouveau, il est probablement de ceux auxquels on revient régulièrement en y découvrant l’une ou l’autre subtilité jusqu’alors ignorée. Petite mention quant au choix des labels, cela permet en effet aux auditeurs du monde entier de se procurer l’album, en CD ou dans l’une des nombreuses éditions vinyles, sans se ruiner dans les frais de port. C’est une stratégie judicieuse et je tiens à féliciter le groupe d’avoir pris cette décision et d’avoir trouvé les accords pour y parvenir, chapeau!

  • Guillaume

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