NMH https://www.nmh-blog.be New Musical Horizons Mon, 10 Aug 2020 12:13:26 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.4.2 https://i2.wp.com/www.nmh-blog.be/wp-content/uploads/2020/04/cropped-logofinalok-4.png?fit=32%2C32&ssl=1 NMH https://www.nmh-blog.be 32 32 122241210 DDENT – Couvre-sang https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/10/ddent-couvre-sang/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/10/ddent-couvre-sang/#respond Mon, 10 Aug 2020 12:13:26 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6701 Ce soir, je vais débuter mon article un peu différemment. Ce que j’aime particulièrement depuis que je m’attelle à l’écriture de chroniques, c’est la diversité énorme qu’offrent les artistes. Mais attention, il ne s’agit pas uniquement d’artistes musicaux. Certains artistes eux, se démarquent en offrant des visuels à couper le souffle, qu’il s’agisse de photos, dessins ou peintures. Dans le cas des Parisiens de DDENT, je pense qu’il s’agit du fusain qui est mis à l’honneur. Et de quelle manière! En effet, je l’ai observée sur toutes ses coutures et je déclare qu’à ce jour en 2020, je tiens pour l’instant la pochette la plus éprouvante, la plus nuancée et la plus à même de provoquer un débat. Non, vraiment, c’est de l’art comme je l’entends avec mes racines et mes ressentis. Jugez-en plutôt. Seul Celeste à ma connaissance est capable d’atteindre ce niveau de puissance évocatrice similaire.

Il y a des monstres partout dans cette représentation. Que ce soit dans les yeux de l’enfant, l’ombre ou encore la salopette, tout est purement cauchemardesque, sans tomber dans le racolage. Tout se joue dans le non-dit, l’oppression est hyper forte à la vue de cette fresque. Il est actuellement 1h04 du matin, je pensais me coucher et puis ce visuel que j’ai déjà maintes fois observé m’a parlé. Il m’a adressé ces mots que je couche, que je couvre de sang comme pour étouffer mon anxiété.

DDENT existe a priori depuis 2014 et a déjà proposé trois albums depuis lors. Ce Couvre-sang vient de sortir il y a un peu plus d’un mois en format numérique, avant une sortie physique en octobre, sous le label Chien Noir Prod.

Pratiquant un post metal fortement orienté industriel, DDENT propose un album complexe, presque conceptuel avec ce Couvre-sang. Entièrement instrumental, avec beaucoup d’éléments rappelant la période d’or de l’indus de loin ou du moins dans l’approche. DDENT s’aventure dans des contrées expérimentales là où à ma connaissance, peu sont allés faire un tour. Ce qui y ressemble le plus sérieusement serait Jesu, le side-project de Justin Broadrick, tête pensante des légendaires Godflesh. D’ailleurs, je pense que Jesu est l’une des inspirations de Louis Lambert, le compositeur de Couvre-sang.

L’intro « II » nous envoie de la dissonance, comme une machine de foire déréglée, avant de nous faire comprendre où nous sommes tombés sur « Songe ». Dans un délire complètement ahurissant, totalement inattendu tant on ne le sent pas venir. Je vous propose d’ailleurs de réaliser par vous-mêmes en extrait. C’est lourd, c’est aérien, c’est écrasant. « Volemie » virevolte plus du coté de l’industriel avec un relent de Godflesh justement, batterie électronique à l’appui. Puissant, électrique, spartiate. Sans pitié.

La brève interlude « Yyyyyyyyy » fait revivre cette machine de foire, encore plus détraquée. Ça m’en fout la chair de poule. C’est cependant un bon pont pour accéder au puissant « puissancerevee ». Plus post metal, on fait pas. On laisse son corps s’emporter avec ce son si… empirique, voilà (je suis resté bloqué deux minutes pour trouver le mot juste).

Vous l’aurez remarqué, tous les mots sont collés. Lorsque vous placez l’album dans votre lecteur, cela donne un effet visuel étrange. Admirez. Comme une sorte de graphique ou je ne sais quoi, montant en puissance pour tout doucement diminuer et mourir sur le dernier morceau de l’opus. Il n’en sera cependant pas le cas à propos de l’intensité dans les compositions. Je ne sais pas si cela est fait exprès ou si je suis bon à enfermer (remarquez, je suis peut-être suffisamment cinglé pour m’être fait cette réflexion et avoir perçu quelque chose d’extrasensoriel…il est 1h31).

Le placement des deux interludes et du nombre de lettres choisi ne semblent pas anodin

Toujours est-il que « Souvenirsdematieres » atteint un niveau supplémentaire de puissance presque spatiale tant on se sent minuscule, noyé dans un déluge de son. Ma gorge se noue littéralement tant c’est beau. Après une interlude encore plus détraquée, « Ooooooooooooo », « Viedesdechos » ralentit légèrement la cadence en proposition quelque chose de plus mid-tempo. Pas moins prenant, rassurez-vous. Cela me rappelle les Parisiens de Wuw, capables également de proposer des choses au moins aussi intenses. Le solo sur ce morceau atteint le paroxysme total, le divin est proche.

Le visuel semble tellement en inadéquation avec le contenu proposé. Le son peut parfait paraître empreint d’optimisme.  Et pourtant lorsque vous l’observez, il a néanmoins tout son sens dans ce marasme. C’est un coup de poker totalement réussi de la part de DDENT. Il ne reste plus beaucoup de temps à partager avec ce Couvre-sang (j’avoue, j’aime ce nom d’album) et voici arrivé « Liedevin », le morceau le plus progressif dans son approche. Le coté post va cependant s’emparer de la composition pour devenir démentiel. J’écris les yeux fermés (sisi, j’y arrive), là tellement c’est puissant, comme si Year Of No Light leur avait montré la voie à emprunter et ils ont choisi de la suivre. C’est tout simplement irrésistible. Et le final inattendu. Vous en jugerez.

Il reste le pavé monstrueux « Voile », chimère doom sludge hyper oppressante et très lourde dès les premières secondes. Plus de neuf minutes où le corps et le sang ne font plus qu’un. La basse est titanesque. Quand je vous disais que l’intensité ne baissera pas, je ne me trompais pas. Autant d’ailleurs vous prévenir qu’à partir de la cinquième minute, vous aurez envie de tout détruire autour de vous. C’est mon cas mais je me contiens. La fin de ce morceau parlera aux fans de Bagarre Générale dans son approche. « V » clôture l’opus toujours avec cette machine de foire détraquée, un peu comme certaines sonorités de Radiohead sur « Everything in its right place » maintenant que j’y pense. Angoissant, mais tellement prenant et magnifique. Il y aura un morceau supplémentaire sur la version physique « Volemoi ». une bonne raison de le commander je pense.

Finalement, j’allais me reposer et j’ai écrit cette chronique presque sur un coup de tête en pleine nuit. Bien que relativement violent, Couvre-sang prend vie dans la nuit, il est désormais 2h01 et je pense que je vais ruminer sur cette splendide découverte et ce visuel de DDENT. Je vous le conseille plus que vivement pour vos nuits d’angoisses. Si Couvre-sang n’atténue pas votre anxiété, il vous permettra au minimum comme pour moi, d’y mettre des mots, une image et un son. Un sens. Croyez-moi ça aide.

Bonne écoute.

  • Tiph
]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/10/ddent-couvre-sang/feed/ 0 6701
Jaga Jazzist – Pyramid https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/08/jaga-jazzist-pyramid/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/08/jaga-jazzist-pyramid/#respond Sat, 08 Aug 2020 15:50:01 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6821 Certaines découvertes musicales vous marquent à vie. On ne connait pas une formation de prime abord et grâce aux liens tissés par notre rédacteur en chef, on reçoit l’album en avant première. Et là c’est le coup de foudre. Le vrai, celui qui va laisser une trace et me donner envie de me ruer sur les autres albums de la discographie de l’artiste. Le collectif Jaga Jazzist fait désormais partie de mes œuvres singulières, celles qui vont faire un bout de chemin de vie dans mon univers, pourtant déjà si peuplé de fantômes musicaux de tout genre. Et y laisser son empreinte en m’ayant ouvert de nouvelles voies. Pyramid va faire partir des grosses découvertes 2020 pour ma part.

Pourtant loin d’être des néophytes, Jaga Jazzist existe depuis 1994 et a produit sept albums, incluant le tout récent Pyramid. Composé de dix musiciens (seulement huit sur la photo), la formation a pour force de faire cohabiter le jazz avec le post rock et cela paraît en plus naturel, comme si les deux mouvements avaient toujours été fait l’un pour l’autre. Après avoir écouté cet album, je me suis penché sur l’ensemble de leur carrière. Vingt-six années de créations complexes, entraînantes, lancinantes et abstraites. Car oui, je pense que l’adjectif qui résume au mieux cet ogre est abstrait.

L’œuvre s’ouvre sur « Tomita ». Un saxophone contemplatif nous introduit dans le désert de ce petit personnage. Bien que l’extrait vidéo ne dure que quatre minutes, la version intégrale approche les quatorze minutes en nous emmenant dans une chevauchée sauvage. Le jazz va doucement laisser place à un feeling plus progressif avec des petites pointes électroniques. L’orchestration est superbe. Le final ouvre la voie vers l’imaginaire.

Les huit minutes qui composent « Spiral Era » nous emmènent au-delà des montagnes hallucinées, au-delà de cette pyramide humaine, où il y a des oasis à perte de vue. Mais sont-ils des mirages ou bien réels ? Un propos lorgnant plus proche du post rock et des chœurs allégés finissent de nous faire planer. Bien que le morceau semble léger, il doit être assez complexe à interpréter. Ce morceau fait également la part belle aux claviers, un élément central même.

Cependant, la mélancolie guette sur « The Shrine ». De nouveau, un long morceau superbe et qui est un appel à la contemplation, des étoiles cette fois-ci, par une soirée bien chaude par exemple. Mais pas forcément une nuit calme, non. Car vers la moitié du morceau, la composition s’endiable et laisse un clavier psychédélique diriger le rythme, effaçant toute trace de mélancolie. C’est caliente, ça donne envie de se déhancher, ça envoie tout simplement. Cela rejoint bien également le coté abstrait que je mentionnais plus haut. Absolument génial et de nouveau très complexe malgré l’oreille « facile ».

On termine en force avec « Apex », très eighties dans l’approche et ses premières notes rapides me rappellent d’ailleurs les brillants Maserati (décidément, je reviens toujours à eux). L’intensité va monter petit à petit jusqu’aux frémissements. Cette fois-ci, plus question de jazz mais bien d’excellent post rock. C’est là que réside l’ingéniosité d’avoir un groupe composé de dix membres : l’univers est vaste et permet vraiment soit une fusion des genres soit un approfondissement total de l’espace et de son spectre. Le final de l’album part en vrille. On a qu’une envie : se le repasser.

Pyramid est une tuerie dont on se délecte tant de jour que de nuit, tant au soleil que sous la pluie, tant dans son salon que dans sa voiture, tant joyeux que triste où il remontera le moral. L’intensité finale est pure, en live, cela doit être démentiel. Je serai attentif pour aller les acclamer s’ils passent dans le coin et je ne peux que vous encourager d’en faire pareil. Sur ce, je vous laisse, je vais me remettre cette pépite dans les oreilles, au casque cette fois. Psychédélisme assuré.

Bonne écoute

  • Tiph
]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/08/jaga-jazzist-pyramid/feed/ 0 6821
Vaisseau – Horrors Waiting In Line https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/07/vaisseau-horrors-waiting-in-line/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/07/vaisseau-horrors-waiting-in-line/#respond Fri, 07 Aug 2020 05:31:33 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6648 Voici l’album de tous les superlatifs. Qu’est-ce que c’est que ça? Qu’est-ce que je vois? Qu’est-ce que j’entends? Qu’est-ce que je ressens? Quels mots choisir lorsque vient l’heure de poser des phrases sur cette oeuvre ô combien atypique? Si je devais répondre à ces questions, une par une, j’oublierais certainement des éléments essentiels, alors je vais simplement tenter de vous parler de mes sentiments.

Tout d’abord, mille excuses pour le retard de cette chronique qui aurait dû se poser sur la planète NMH depuis bien longtemps (les références spatiales sont de mise avec un tel nom de groupe), mais quand les mots ne viennent pas, il n’est pas recommandé de les forcer à sortir au risque de se taper la honte avec des phrases alambiquées. Donc tout d’abord ce visuel de dingue. Je crois que j’ai rarement observé autant de détails sur la pochette d’album. Ce visuel, vous le retrouverez dans un fabuleux format poster si vous vous procurez l’édition vinyle, que du plaisir! Et le meilleur dans tout ça, c’est qu’il colle parfaitement à la musique du groupe qui pourrait illustrer musicalement une procession infernale de monstres des enfers. Tout un programme.

D’ailleurs, la musique. Quelle musique! Pouvait-on s’attendre à ce qu’un groupe mélange un jour la lenteur du doom aux sonorités de la synthwave qui est souvent associée à une certaine frénésie rythmique? Eh bien Vaisseau, groupe français originaire de Brest, l’a fait et associe ce style « synthdoom » atypique à l’univers de l’espace, y ajoutant une petite touche kitsch tout à fait charmante. Ne voyez donc pas dans le mot « kitsch » une quelconque critique négative, bien au contraire. La musique est tout de même un divertissement, donc pourquoi se prendre au sérieux?

Ce qui est fort appréciable sur ce Horrors Waiting In Line, c’est vraiment cette description, en mélodies, de cette procession de monstres: on sent l’horreur et le côté menaçant sur « Lo Spettro Della Frustrazione » alors que « Sonic Dislocation » (pour ne citer que ces deux morceaux) semble nous décrire l’ambiance spatiale qui règne autour de la scène que nous sommes en train de voir, avant de repartir vers une ambiance de nouveau inquiétante, mais toujours spatiale. La musique est d’ailleurs proche d’un space rock par moment, mélangeant le côté électronique à la The Algorithm avec le psyché de Colour Haze.

Un superbe album, visuellement et musicalement, que ce Horrors Waiting In Line que je vous invite à vous procurer de toute urgence si vous voulez profiter de cette incroyable pochette en grand format vinyle.

  •  Guillaume

 

]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/07/vaisseau-horrors-waiting-in-line/feed/ 0 6648
Imperial Triumphant – Alphaville https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/05/imperial-triumphant-alphaville/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/05/imperial-triumphant-alphaville/#respond Wed, 05 Aug 2020 18:23:04 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6806 Ritualiser son art est la forme d’expression la plus introspective qui soit. C’est comme essayer de regarder à travers l’œil d’une porte fermée de l’intérieur où la vision est en tunnel. On pense ne rien voir mais derrière celle-ci se cache un monde entier. Certains choisissent de laisser cette porte fermée. D’autres s’infiltrent dans l’œil et découvrent l’envers du décor. Se plonger dans un effort d’Imperial Triumphant, c’est passer à travers cet œil. Et la forme de vie que l’on y rencontre derrière est chimérique, empirique et empreinte de magnificence. Alphaville, le nouvel album tout juste relâché en est la fresque.

Fusionnant un black death symphonique avec la complexité du jazz, Imperial Triumphant se cache derrière d’inquiétants masques ressemblant à s’y méprendre à la Statue de la Liberté, un peu dans la veine de B R I Q U E V I L L E avec le côté vénitien pour leur part, conférant une identité propre à l’œuvre. Le rendu sonore se rapproche plus de Dimmu Borgir cependant. Scéniquement, cela semble dantesque et oppressant. C’est en ça que le groupe se distincte, la ritualisation est au centre de la conception même de leurs albums.

Alphaville est leur quatrième opus et franchit un cap dans l’expérimentation. Un peu à l’instar de SepticFlesh, les Américains repoussent leurs limites. Et ce, dès le visuel, très inspiré du film Metropolis sorti en 1927. Il est travaillé à l’extrême et renforce le coté empirique. Je sais que je pars dans de grands mots mais c’est réellement le ressenti à l’écoute d’Alphaville, appelé à devenir un classique noir.

Dès les premières notes de « Rotted Futures » et son gong, je comprends que la cérémonie sera sombre. On est littéralement absorbé dans la symphonie noire, je suis au centre d’une chapelle avec de grandes colonnades, des hussards rouges et des bougeoirs allumés. La composition part en vrille et le chant se déglutit. Ça prend aux tripes d’entrée de jeu. « Excelsior » augmente la vitesse avec un feeling jazz très discret. Le jeu de batterie apporte une profondeur énorme. Le carrelage en damiers noirs et blancs est oppressant alors que trois chimères me font face dans cette salle, cet amphithéâtre qui sera mon rituel, si je ne le sais pas encore.

« City Swine » en extrait est comme l’ouverture des rideaux de la salle vers cette ville, ce monde despotique où l’on se croirait revenu dans les années 20, juste avant la Grande Dépression. Mais nous sommes bien en 2020, les gens sont collés à leur smartphones et obéissent au doigt…et à l’œil… Ce morceau est un pur mélange black et jazz avec un passage me rappelant Eyes Wide Shut, comme une B.O. noire datant d’un autre temps. La production est à l’image du visuel : empirique. Le final dantesque.

Les membres d’Imperial Triumphant m’invitent ensuite à prendre place sur un siège, d’un geste de la main. Ma tête se colle au dossier, le siège est devenu un autel où je suis allongé. Des images de champignons atomiques en noir et blanc m’explosent les rétines sur « Atomic Age » alors que le propos se fait plus jazzy… Mon corps tremble comme jamais, les visions d’un monde mort, d’une ville en proie au désastre m’envahissent et me raidissent. Les cris intoxiquent mon âme, elle se dévore seule. Quand soudain tout autour de moi s’éteint et laisse place aux ténèbres. Je m’y sens bien.

Des notes de piano résonnent. Chacune lance un appel à un spot chaud. Le spectacle des lumières est angoissant mais apaisant à la fois. Je suis toujours attaché à cet autel mais cette fois, il est en position vertical. « Transmission To Mercury » me ramène un peu plus encore à l’œuvre de Kubrick… Et s’efface pour laisser place à du black death où l’autel tournoie sur lui-même. Bon sang, cela va-t-il cesser ? Les rues brûlent, les bombes atomiques pleuvent autour de moi, rasent tout et laissent place à des immeubles d’or. La vie se remet à fourmiller alors que je suis à ma propre merci. Je n’en suis pas encore conscient mais « Alphaville » vient de naître. « La ville première » en la traduisant. Mais Alphaville n’est pas bienveillante non, elle est traîtresse, elle est sanglante, elle réclame délation de toute transgression et dévotion à un Dieu, le Dieu Alpha. Elle veut entendre en chœurs des Alphaville répétés jusque l’anéantissement de la coindition humaine. Mais ce Dieu a-t-il seulement vécu ? Pourquoi subitement, j’aime voir des meurtres et le sang couler ? Mon omnipotence surplombe absolument chaque vie que mon œil croise. Elles ne le réalisent pas mais ce n’est que pour leurs biens que je comprends pourquoi je dirige tout sous moi. Je ne veux que leur bien car je suis devenu cette statue sur le visuel, je n’ai rien fait pour les arrêter, Imperial Triumphant a transformé mon être en Dieu tout puissant et omniprésent sur « The Greater Good ». Plus rien ne menacera l’empire désormais.

Crédit: Dark Tones Photography

La chronique en elle-même s’arrête à cette étape bien que la version comporte deux reprises (Voivod et The Residents, certainement imposées par le label) et bien qu’elles soient très bien faites, elles ne font pas réellement partie de l’œuvre. Avec Alphaville, Imperial Triumphant franchit un important pas dans sa popularité en proposant pourtant un monstre pas si abordable qu’il en a l’air. Il est même assez fermé, le mélange jazz et black n’est pas forcément vecteur de médiatisation. Mais ils se distinguent par une image, une identité propre et reconnaissable, cohérente et mystique. Imperial Triumphant a toutes les cartes en mains pour devenir une référence dans son domaine…Mais alors ce sont eux qui nous auront à l’œil à ce moment-là…

Bonne écoute

  • Tiph
]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/08/05/imperial-triumphant-alphaville/feed/ 0 6806
Phoebe Bridgers – Punisher https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/30/phoebe-bridgers-punisher/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/30/phoebe-bridgers-punisher/#respond Thu, 30 Jul 2020 05:47:16 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6794 Je me souviens des mots de ma douce future épouse lors de la première écoute de cet album : « ça c’est un album pour regarder les étoiles ». Quelle ne fut pas sa surprise de constater que l’auteure de ce joli disque est en train de contempler les étoiles sur la belle pochette qui l’illustre? Incroyable, non? Blague à part, Punisher est mon album du moment, celui qui tourne en boucle et dégage une délicate sensation de quiétude de la première à la dernière note (à un poil près…).

Phoebe Bridgers est issu de cette scène que l’on nomme « singer-songwriter »… Comme si être auteur-compositeur était un genre à part entière, tout comme le fameux tagg « indie » qui ne rime pas à grand chose non plus. C’est un autre débat, mais ce qui est certain, c’est que cette scène est bien définie. Je peux même dire que vous voyez de quoi je parle : Julian Baker, Father John Misty, Lucy Dacus ou encore Jonathan Wilson. Une folk délicate, souvent rêveuse et posée, voilà ce qu’est ce genre musical. Et Phoebe Bridgers a bien défini son style au sein de ce genre, on la découvre à nouveau mélancolique lors du premier vrai morceau de l’album (« DVD Menu » étant une intro), « Garden Song » duquel se dégage une atmosphère particulièrement chaleureuse et nostalgique.

Lorsque je vous disais « à un poil près », je faisais référence à « Kyoto » qui casse un peu cette nostalgie si caractéristique de l’artiste américaine. C’est ce qui faisait aussi son charme sur Strangers in the Alps, son premier album tout aussi délicat. « Kyoto » est un morceau intéressant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, il aurait cependant, à mon humble avis, dû être placé à la fin de l’album, pour donner une petite note d’espoir à cet album bien triste… Triste, mais « uplifting » comme disent nos amis de l’autre côté de la Manche.

Le constat est aussi le même que pour son premier opus, Bridgers fait le choix de paroles simples où la nostalgie (pas d’autre mot, désolé pour les répétitions…) de l’adolescence est prédominante. Des paroles directes, sans trop de profondeur « philosophique », mais faut-il nécessairement faire de la poésie de haut vol pour atteindre les étoiles? Bridgers démontre que non, le morceau éponyme est une preuve à écouter d’urgence.

La majorité des morceaux propose donc cette atmosphère posée, sans chichi, où la simplicité des mélodies est essentielle et se voit sublimée par les textures sonores travaillées. Punisher est un album brillant qui, je vous en parlais dans le premier paragraphe de cette modeste review, est propice au « stargazing », puisque cette expression est tellement plus poétique en anglais.

Bon stargazing.

  •  Guillaume
]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/30/phoebe-bridgers-punisher/feed/ 0 6794
Foot – The Balance Of Nature Shifted https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/29/footaustralia/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/29/footaustralia/#respond Wed, 29 Jul 2020 15:25:35 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6673 Quand on grandit, ou que l’on devient plus mature (du moins en apparences) il n’est pas rare d’avoir envie de retrouver ses racines et ses bons souvenirs. Alors, d’un point de vue musical, on se passe ce que l’on écoutait de bon il y a quinze, vingt ans, quand on était adolescent et insouciant. Cela nous fait du bien. Parfois, pour ceux qui sont dans la trentaine comme moi, on souhaiterait qu’il y ait un relent de Ninetie’s dans des formations récentes, pour ne pas forcément devoir replonger dans le passé, à la recherche des Smashing Pumpkins, les Alice In Chains, les Kyuss, Queens Of The Stone Age et consorts. Alors, on cherche un peu pour se laisser surprendre au détour d’une fusion des genres, qui sait.

Et enfin, on le trouve. Un groupe rendant une approche 2020 avec des relents années 90 dans sa composition et ce feeling si stoner et grunge à la fois. Il se trouve à l’autre bout de la planète en Australie et répond au nom de Foot.

Alors non, nous n’allons pas parler d’Harry Kewel, Josip Skoko, Matthew Ryan, John Aloisi ou Mark Viduka (vous pouvez checker, ce sont toujours de talentueux joueurs) ni de football mais bien de très bonnes vibes oscillant entre rock alternatif, stoner et grunge selon les envies des membres de Foot. The Balance Of Nature Shifted est paru en mai dernier et mérite un peu de visibilité sur le vieux continent. Après un EP en 2016 (la description Bandcamp le considère cependant comme un album), son premier album Buffalo en 2018, les revoici tels des métronomes avec à chaque sortie deux ans d’écart. Que nous propose-t-il ?

« L’équilibre de la nature a changé » ou « de la nature transformée » nous indique le nom de l’opus, avec un visuel en adhésion avec cette remarque. Superbe représentation de la nature emprisonnant une ville dans ses griffes. Ou peut-être serait-ce l’inverse ? On ne sait pas trop car l’équilibre ne semble pas encore assez balancé au moment de la captation mémorielle de l’image. La couleur jaune des feuillages me rappelle ces immenses incendies qui ont ravagé l’Australie début 2020, avant que l’infiniment petit ne s’invite dans nos quotidiens et nous forcent à arrêter de nous indigner de ces pauvres kangourous et koalas en perdition. Ça c’était mon commentaire nerveux, ça, c’est fait. Cependant, la dimension écologique de ce visuel est certes simple mais très parlante.

« Despair On Hope Street » et « E-Sports » distillent un son très Ninetie’s, rock alternatif et assez rythmé avec dans les deux cas, un bon solo. Il sent bon le Kyuss, les Smashing Pumpkins, Pearl Jam avec une voix claire qui aurait pu se fondre dans l’armada d’excellents groupes de ces années-là. Sincèrement, ça aurait une bonne bande originale pour un Terminator, à l’époque où l’on osait encore mettre des groupes heavy pour faire les chansons de film. Second commentaire nerveux.

C’est ensuite le cou et/ou comme moi, le reste de votre corps qui va se laisser aller sur la lourdeur de « Green Embers », plongeant cette fois l’auditeur dans les racines stoner de Foot. Un bol tibétain vous montre la voie. Le bong se trouve juste à côté. C’est parti pour cinq minutes de trip chamanique. Il y a ce petit quelque chose d’Alice In Chains dans le chant, vraiment pas déplaisant.

« Ride It Out », « Break The Altar (Light/Shade) » et « Investment » nous ramènent à l’alternatif avec tantôt des pointes A Perfect Circle, époque Mer de Noms, tantôt des passages plus proches de ce que proposent les QOTSA, pour ne citer qu’eux. Toujours rythmé comme il le faut. Clairement, le groupe ne semble pas se cacher de son amour pour la bande à Josh Homme, que je partage à 100% d’ailleurs.

Nous approchons doucement du terme de cet opus. Le vrombissant blues catchy de « Neighbours » nous indique dans quel train nous installer. Celui qui va traverser le désert aride, dangereux mais lancinant, inquiétant mais qui nous garde en alerte. L’accélération sur « Manic Progression », alors que l’intro est plutôt lancinante, fait penser à du Pearl Jam en plus psychédélique. Encore un morceau qui aurait pu être une bande originale dans les années 90. L’opus se termine sur « High » et si vous n’aviez pas saisi l’allusion sur « Green Embers » plus tôt, c’est le moment de s’installer dans l’herbe confortablement et de profiter du soleil couchant en se remémorant de bons souvenirs, accompagné d’un… enfin voilà quoi. C’est peinard, c’est agréable, ça fait plaisir. Attention tout de même, le final déménage sévère pour se finir en larsen. Je n’en attendais pas moins.

Bénéficiant d’une excellente production, je vous conseille d’écouter The Balance Of Nature Shifted en voiture, ça dégage une intensité forte, je suis allé exprès sur l’autoroute pour voir ce qu’il a dans le ventre pour tout vous dire. Opus qui prend de l’expansion sur de bonnes enceintes, Foot transforme son essai stoner en quelque chose de plus profond encore, en faisant honneur et utilisant à bon escient les influences citées dans ce texte. Il y a du blues, du rock alternatif, du grunge, toutes ces fusions apportent un véritable plus à l’album, là où Buffalo était plus stoner « classique », si je puis me permettre d’utiliser ce terme. En sachant que nous sommes en été et que la saison des barbecues bat son plein, cet album est parfait pour accompagner vos repas avec les potes et les beuveries qui les suivent. Ou les précèdent, c’est selon. Sur ce, je vous laisse, je vais refaire un tour d’autoroute pour me repasser cette bombe. Et puis, j’irai à un barbecue.

Bonne écoute

  •  Tiph
]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/29/footaustralia/feed/ 0 6673
Andromeda Space Ritual – All Shades Of Perception https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/26/andromeda-space-ritual-all-shades-of-perception/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/26/andromeda-space-ritual-all-shades-of-perception/#respond Sun, 26 Jul 2020 10:59:12 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6624

Le hasard fait parfois bien les choses. Tout récemment, j’ai écrit à propos des Polonais de Dopelord, statuant que la scène de ce pays est en pleine expansion. Eh bien sans le savoir, ma prochaine chronique repart encore de ce côté-là du monde, avec les hallucinants Andromeda Space Ritual. Et quand on parle de rituel de l’espace, croyez-moi on va s’envoyer en l’air très haut, dans les confins spatiaux bien au-delà des limites connues.

ASR, c’est du space rock psychédélique et électronique assez barré mais posé, réclamant beaucoup de temps et d’immersion de la part de l’auditeur. Des claviers, des synthés, des guitares, de l’atmosphère. On se pose, on s’installe confortablement dans son salon, on a un petit verre de ce que l’on aime déguster à l’aise. Et c’est parti pour la voûte céleste, voire bien au-delà. All Shades Of Perception est leur second opus en trois années. Si le premier posait les bases de l’exploration, ce nouvel album va nous emmener dans un espace inquiétant, mais pourtant éblouissant et peut-être pas aussi vide que nous pourrions l’imaginer. Ou du moins selon les perceptions de chacun.

Premièrement, ce visuel à la fois sobre, mais perturbant, attire mon attention. Cela ressemble à une écorce d’arbre, mais l’illusion d’optique peut jouer des tours. À certains endroits, on penserait voir des visages meurtris, des corps entassés les uns sur les autres. Cela a tout l’air d’une photo, le gros plan accentue cet aspect aliénant. Comme un corps étranger, des corps étrangers dans la peur, déformés par quelque chose venu du ciel, ou d’ailleurs, on ne sait pas. Une constellation également peut-être ? Si ASR nous emmenait si loin, suffisamment loin pour y croire ? Et si c’était ça toutes les nuances de la perception ? Toucher ce que l’on ne peut pas croire, voir ou entendre et se laisser absorber à mille années lumière.

On entame le voyage par un pavé dantesque de plus de quinze minutes : « Signs of the Unseen ». Synthés inquiétants, les barrières d’astéroïdes sont rapidement dépassées après Mars. Nous sommes dans l’inconnu total. Le Space Opéra peut réellement débuter. Le trip va s’étendre avec des notes de guitare spatiales, l’absence de pesanteur se fait jouissive.  Nous venons de passer Jupiter, le spectacle est à couper le souffle. Va-t-on rencontrer une forme de vie ? Je ne le souhaite pas, je me sens si calme dans ce vaisseau. « Lazarus » crée une atmosphère à la 2001 : l’Odyssée de l’Espace. On se sent en sécurité et pourtant, nous n’avons aucune idée d’où nous nous trouvons. Où même si nous sommes seuls.

Des turbulences sont annoncées peu après Saturne sur « Relay », il faut rester prudent, les secousses sont plus virulentes. Çà et là, on croit apercevoir une forme de vie. Mais impossible de l’identifier. Serait-elle aussi méfiante que nous le sommes ? La basse ronronne pour nous rassurer. Neptune est désormais atteinte sur « Bullet Cluster ». Les confins s’approchent, Pluton est en vue, Neptune un souvenir nébuleux. Il nous reste 11 minutes avant de la dépasser en « Telepath ». On ne sait pas dans quoi on s’enfonce et durant tout notre périple, nous n’avons pas rencontré de forme de vie. L’exploration va se poursuivre. Le final du système solaire se réclame sans fin, à l’atmosphère ambivalente et dissonante. Nous sortons du spectre des radars, personne ne sait si un jour nous en reviendrons. Il est probable que nous ne reviendrons jamais.

All Shades of Perception est une œuvre déroutante, capable de vous faire voyager hors de la Terre en restant assis dans votre divan. L’album se déguste sur chaîne-Hifi, au calme pour en saisir toutes les nuances et tout le travail de fond. Au casque, c’est l’anévrisme assuré, l’overdose de sensations extrêmes qui vous guettent. Il m’a fallu deux jours pour écrire ce texte tant le son d’Andromeda Space Ritual est immersif. Plus vous écoutez et plus vous en percevez sa profondeur céleste. On s’en demande presque s’ils n’ont pas réellement vu ce qu’il y a au-delà de Pluton, quelque part par là.

Bonne écoute.

  • Tiph
]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/26/andromeda-space-ritual-all-shades-of-perception/feed/ 0 6624
City of Dawn & Jonathan Fraser – Mizpah https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/23/city-of-dawn-jonathan-fraser-mizpah/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/23/city-of-dawn-jonathan-fraser-mizpah/#respond Thu, 23 Jul 2020 16:40:03 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6773 Jonathan Fraser est une personne formidable, gentille et agréable avec qui j’ai déjà eu l’occasion de discuter plusieurs fois grâce à ses nombreuses releases. Je me souviens particulièrement de son album de début 2019, The Art of Apathy, qui était (et est toujours) une merveille d’ambient, de blackgaze et de folk. Ouais. Tout ça en même temps. Pour Mizpah, le musicien américain s’associe à un de ses compatriotes, Damien Duque alias City of Dawn, pour offrir à ses fans un album absolument ravissant.

Dès les premiers instants de cette jolie collaboration, je fus immédiatement emporté dans leur univers enchanteur. Si The Art of Apathy avait le charme de combiner la douceur de l’ambient à la violence du blackgaze, pendant un peu plus d’une heure, ici on se retrouve avec une musique instrumentale où la douceur est plutôt une constante. Même si les deux musiciens nous proposent bien un « Yaghon » plus rock, celui-ci reste éthéré et colle bien à l’ambiance déjà instaurée lors du premier morceau, « Zemiah« , qui s’avère être un voyage succulent.

Plus court que The Art of Apathy,Mizpah n’en est pas moins complet. « Orphanous » contribue à compléter la panoplie de sons présents sur l’album avec ses arpèges délicats. Mélodique onirique… Idéale pour une séance de méditation si on le combine avec « Eirene« , tout aussi enchanteur. Je me demande d’ailleurs d’où est venue l’inspiration pour la pochette réalisée par Aitor Renteria tant cet album me paraît apaisé alors que l’image qui l’illustre aurait plus tendance à m’angoisser.

Jolie expérience que ce Mizpah dont j’ai très peu entendu parler dans les webzines et les magazines que je consulte. Des morceaux comme « Pneuma« , si on devait n’en choisir qu’un, valent la peine d’être mentionnés tant ils dégagent une énergie singulièrement positive. L’espoir à l’état mélodique. Je vous recommande donc Mizpah et vous demande d’en parler autour de vous, les deux américains le méritent. Dans l’immensité interstellaire des sorties musicales « underground », Mizpah est une étoile brillante qui scintille aussi fort qu’elle le peut et qui semble ne jamais vouloir s’éteindre.

Merci Jonathan & Damien.

  •  Guillaume
]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/23/city-of-dawn-jonathan-fraser-mizpah/feed/ 0 6773
Gazelle(s) – True Meridian https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/22/gazelles-true-meridian/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/22/gazelles-true-meridian/#respond Wed, 22 Jul 2020 15:41:04 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6661 En français dans le texte, il est un peu difficile de s’imaginer que nous avons affaire à du post rock à la lecture du mot Gazelle(s). Là où pour nous francophone, le mot peut sembler fleur bleue, il évoque en anglais un sentiment de liberté totale et absolue. L’évasion la plus rapide et la direction choisie importe peu, tant que l’on fait ce que bon nous plait.

 

True Meridian est le second et nouvel album que les Américains proposent après un premier effort en 2017, le groupe ayant été fondé sur les cendres de This Patch Of Sky. Et bien que le nom du groupe puisse paraître peut-être étrange, cet album est de nouveau une preuve qu’il faut écouter avant de juger (un peu comme les excellents Maserati par exemple). Le contenu proposé est absolument fabuleux, sublime et complètement inattendu voire non suspecté.

Je reviens sur ce sentiment de liberté et d’évasion dont le son de Gazelle(s) n’est pas seul empreint, il en est l’essence la plus pure. True Meridian prend le pari de nous envoler sans bouger de notre chaise… Et le remporte haut la main ! Gazelle(s) propose un post rock à mi-chemin avec du math rock, dirigé par un violon dans ses mélodies. Derrière, les guitares grattent sévèrement et nous mène parfois dans des contrées inattendues du genre. Ainsi, il se produit une sorte d’ambivalence entre les parties violons et les autres instruments mais leur mariage rend une grandiloquence aérienne à merveille. Dans un tout autre registre, les fans de Lindsey Stirling pourraient y trouver une porte d’entrée, une très jolie ouverture sur le monde du post rock s’il n’y sont pas habitués ou éloignés.

Après une courte intro « Sunsent Into Dust », « Sad Cowboy » pose les bases en nous faisant frémir et hérisser les poils sur près de huit minutes. C’est transcendant comme il faut, c’est relaxant et à la fois électrisant. « Warparty » hausse l’allure et l’intensité en élevant la rythmique de fond. Dans le ciel, tout ne semble pas si calme, la sécurité n’existe pas apparemment. Les parties violons sont imparables et on ne résiste pas à l’envie de jouer le chef d’orchestre avec sa main. Le titre suivant « Death Hilarious » prouve que l’ambiance peut vite se dégrader en nous projetant dans un doom relativement lourd, toujours emmené par la grâce de ce violon. Je reviens dessus mais l’ambivalence entre les instruments en font un mixte harmonique. Le final de ce morceau rappellera de bons moments aux fans de SubRosa par exemple. “Of Them There Is No Memory” nous plonge dans une ambiance similaire au monde de la talentueuse Helen Money. À contrario, la gratte est mise en avant, un petit côté western à mon sens, ce qui est génial. Le groupe ne tombe pas dans le carcan où le violon est la seule source émotionnelle. Plus on avance dans l’opus, plus le ciel se noircit, les racines doom se réclament partie preneuse, la nuit reprend ce qui lui appartient mais la soirée n’a pas dit son dernier mot. La fin sera plus douce.

Vous le remarquez, je me laisse aller à la philosophie. Il faut l’écouter pour le comprendre. Je ne ressens aucune haine, aucune rage à expulser en écrivant ces mots, c’est trop rare. Alors je saisis l’instant sur « Ruffians » pour m’allonger et me laisser voguer quelque part, à mi-chemin entre le songe et ma démence (il est 6h24). Ce morceau passe également par de nombreuses émotions et propose une basse à l’avant plan sur une partie de la composition. Le rendu est gras, presque sludge à certains moments. À l’image de cette basse, c’est vibrant. Ce final…

Il reste alors quinze minutes de son, réparties sur deux plages. Elles vont résonner très haut. La première avec l’ajout en arrière-plan d’un accordéon mélancolique dans les premières notes sur « Clemency For The Heathen ». Discret mais apporte une profondeur supplémentaire à l’univers. Et pourtant derrière cet accordéon se cache une figure mythique, à savoir Krist Novoselic (Nirvana). Véritablement épatant qu’ils aient pu bénéficier de son expérience musicale. J’écris de matin mais c’est comme si la nuit retombait de nouveau sans que la journée n’ait pu exister. Le morceau est résolument plus math rock avec des pointes de post, avant un subit revirement de situation très lourd et dissonant. On ne comprend d’où cela vient, ni comment ni quand cela commence mais on le subit. On le subit en redemandant davantage. C’est comme si nous avions ressenti ce moment où Icare brûle ses ailes mais là c’est la nuit qui les a glacées. Mais la nuit, je reviens toujours à elle, se termine et laisse place à « Sunset Over Harvest », comme un écho à l’introduction, comme pour boucler la boucle et faire de ce True Meridian un tout, un ensemble cohérent, valsant, aérien, planant. Certaines parties raviront les inconditionnels des géniaux And So I Watch You From Afar.

47 minutes de pures sensations viennent de s’écouler, durant lesquelles toute une palette d’émotions hautes en couleur, nuancées les unes des autres, complexes, attirantes, lissées mais indomptables, travaillées et harmonieuses à merveille se sont entre-mêlées. Comme ce visuel en réalité, en adéquation avec le contenu de cet album. Visionnez l’extrait ci-dessus avec en prime, la réalisation graphique de la pochette. Ce qui parfois nous parait simple est bien plus complexe. Un peu comme le son de Gazelle(s). À ce jour et sans aucune prétention, je compte plus de quarante contributions en chroniques sur NMH, majoritairement sur des releases de cette année. Mon top dix 2020 personnel se dessine un peu et certains opus se démarquent. Ce True Meridian risque bien de figurer dans le haut de la liste. Sera-t-il dans la vôtre ?

Bonne écoute.

  • Tiph
]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/22/gazelles-true-meridian/feed/ 0 6661
The Echelon Effect – Drift Ten https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/19/the-echelon-effect-drift-ten/ https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/19/the-echelon-effect-drift-ten/#respond Sun, 19 Jul 2020 20:00:12 +0000 https://www.nmh-blog.be/?p=6733 Au moment où je débute l’écriture de la chronique de cet album que j’écoute depuis quelques jours, je découvre également que The Echelon Effect vient de sortir un nouveau single tiré d’un prochain EP Drift Static, à paraître sous peu. Je vous propose cependant de vous pencher sur cet effort qui devrait ravir tous les adeptes de Lights & Motion, Collapse Under The Empire ou encore plus évident, Caspian.

 
Derrière The Echelon Effect se cache un certain David Walters, un musicien anglais multi-instrumentiste et officie déjà depuis onze années sur ce projet. Onze années durant lesquelles il a sorti huit albums et un bon nombre d’EP’s. L’homme n’en est donc pas à son premier coup d’essai et je dois avouer que ce Drift Ten ne me laisse absolument pas indifférent. Proposant un drone avec des pointes de post rock, le projet se veut résolument ambiant. Et au niveau ambiance, il semble que l’artiste sache y faire, comme nous allons en parler dans quelques instants. D’autres de ses releases sont plus orientées post rock. Cela doit dépendre des humeurs certainement et c’est très bien comme ça, on ne s’en lasse pas!

Pour l’instant, je suis vraiment dans les deux extrêmes. Soit il me faut de la douceur, soit de la violence avec des riffs hyper acérés. Tout va dépendre de l’état d’esprit. Ce Drift Ten est parvenu à me calmer là où je ne pensais pas pouvoir y arriver. À l’image de l’autre soirée d’écriture sur Zealand The North, encens, thé et ambiance chaleureuse à l’entame de cet opus.

« The Drift Of Lonely Hearts », superbe introduction à la Lights & Motion pour prendre référence, ou le ciel côtoie déjà les nuages du matin, la teinte rosée entre le soleil et le bleu spatial est rassurante. D’entrée de jeu, on se laisse aller en fermant les yeux. Si on tend l’oreille, on a presque le sentiment d’entendre les crépitements d’un vieux vinyle. À l’instant où on les ré-ouvre, nous sommes dans « Fall Of The Decade » et surprise, on plane dans le vide, toujours dans la douceur. La chance est offerte d’observer l’espace de plus près. Mais il y a tant de choses à voir. Le détour jusque Denver (Salut Jérôme Mardaga 🙂 ) ne dure qu’une petite heure, on s’y rend à coup de mélancolie et d’intensité, tant qu’on y est. Une batterie rythmera notre voyage jusque là.

On finira par atterrir. « Walking Empty Streets » nous plonge dans une ville morte où la nature aurait repris ses droits, ou le silence règne sur les avenues. On ne sent pas menacé, non, on peut marcher au milieu de la rue sans danger. Mais se retrouver seul face à soi-même va impliquer une décision. Celle de tout quitter. « Goodbye My Friend » sonne comme cet au revoir, empli de lumière et d’espoir. Il reste tout à reconstruire dans cette ville, en respect avec cette nature verdoyante, où l’espace est visible depuis le sol. Le sens, le son, tout amène à la poésie.

Le chemin sera long et on ne sait pas où l’on va. Mais ce sera très haut, aux abords de l’espace. « Retracing Our Tracks in the Sky » est plus spatial, le sol nous semble loin à l’entame d’un drone très lancinant, enchanteur. On aperçoit juste les lumières de Denver au plus bas. Ce morceau réclame du temps, de la patience, de la dévotion pour en saisir ses capacités. Il n’y a pas d’air et pourtant on respire à pleins poumons. Allez, on inspire un bon coup, essayez, ça enlève un poids.

De l’autre coté de la Terre, il y a ce Soleil. « The Feedback of Summer » va nous amener à l’approcher, à la recherche d’une chaleur, quelle que soit sa forme. La brève interlude « Into Eleven » nous fera plonger ou plutôt voyager dans « A Song for Forever ». Drone dans l’approche, avec un certain relent presque pop. Dans tous les cas, nous sommes dans un voyage interstellaire où l’immensité n’a pas de nom. Pas de vaisseau, rien. Juste le bruit des vagues, de vent, là où il n’est pas possible d’y avoir de l’air. Denver n’est désormais plus qu’un lointain souvenir. Le voyage sera long. Quelqu’un veille sur nous. « You Sleep, I’ll Keep Watching » sera notre havre de paix pour se laisser bercer jusqu’au soleil. Ou plus loin encore, qui sait avec ce nouvel EP en approche.

Après cette écoute très philosophique, qui m’a permis de me relaxer, calmer mes angoisses et trouver une voie vers le bien-être, je ne peux que vous encourager d’en faire autant. The Echelon Effect, ou David Walters, vous propose un voyage en douceur là où seul vous serez le maître de vos pensées, à commencer par ce visuel, telle votre piste de décollage dans la nuit, dans la bande originale de votre nuit. Vivement le prochain EP, il ne semble pas avare en quantité, ni d’ailleurs en qualité. J’ai passé un moment relaxant. C’est votre tour désormais. Et vous savez quoi ? L’intégralité de la discographie de The Echelon Effect vous est proposée en téléchargement libre. Preuve que l’homme veut avant tout partager un moment avec vous. Et ça, ça n’a pas de prix. Mais si vous le pouvez, faîtes un geste.

Bonne écoute et surtout bon voyage.

  •  Tiph
]]>
https://www.nmh-blog.be/index.php/2020/07/19/the-echelon-effect-drift-ten/feed/ 0 6733