Co-Fondateur / Chroniqueur spécialisé dans le post-rock, shoegaze, sludge, synthwave et musique progressive en général.

Dix ans, c’est le laps de temps qui sépare la sortie du premier album de Rolo Tomassi, Hysterics, de leur dernier bébé, Time Will Die and Love Will Bury It. Force est de constater que ces années ont été mises à profit puisque ce dernier s’avère être leur plus réussi, et ce sur tous les points de vue.

Il faut savoir que Rolo Tomassi est une histoire de famille, qui voit jouer ensemble les frère et sœur James et Eva Spence, s’occupant respectivement des claviers et du chant. Depuis qu’elle a rejoint Rolo Tomassi en 2005, alors âgée de 14 ans, Eva et son groupe sillonnent les routes et produisent régulièrement des albums (cinq en dix ans, bonne moyenne, non ?), dont la qualité n’a fait qu’évoluer au fil des années. Si vous suivez un peu la scène un peu plus metal ou êtes tout simplement friands de festivals indépendants, nul doute que vous avez dû apercevoir leur nom sur une affiche ou deux.

Ils ont notamment tourné avec feu The Dillinger Escape Plan ou nos chers compatriotes Oathbreaker. Je n’ai pas mentionné ces groupes au hasard puisque comme vous l’entendrez sur l’album, RT a des sonorités en commun avec ceux-ci. Toujours est-il que si comme moi vous les aviez, à tort, classé dans le tiroir des groupes « chouettes en live mais à ne pas forcément approfondir », vous avez maintenant une nouvelle priorité : écouter cet album, et de toute urgence.

Rolo Tomassi se veut être un groupe très heavy, sans pour autant nier leur attirance pour l’expérimentation, et cela se ressent particulièrement sur ce Time Will Die. Le groupe joue peut-être principalement du mathcore, mais sait infuser pas mal d’autres genres, de l’ambient au grind en passant par le jazz, le post-rock, le shoegaze et le black metal. Si cela peut sembler effrayant au premier abord, il faut savoir que RT a mis le paquet au niveau de la structure, aussi bien des chansons individuelles que de l’album en entier. Les variations de genres surprennent, mais jamais ne manquent d’efficacité.

En parlant de surprises, les fins connaisseurs qui auraient déjà écouté précédemment le groupe risquent d’être décontenancés : plutôt que d’être comme à l’accoutumée accueillis par un coup de poing auditif, l’album démarre sur une plage d’ambient des plus calmes, instrumentale et progressivement décorée d’éléments électroniques et de claviers relaxants.

Transition parfaite vers une autre surprise de taille : le single Aftermath, premier morceau sur lequel les anglais s’adonnent aux joies de la structure couplet-refrain. Refrain très entraînant d’ailleurs pour un morceau visant plus le shoegaze. Sur le troisième morceau, Rituals, le groupe ouvre le barrage et tout le côté agressif du groupe ressort enfin sur un morceau qui s’ouvre sur des riffs sludge avant de partir vers quelque chose plus black metal, et continue à virevolter de cette manière jusqu’à la fin du morceau.

Jusqu’à présent Rolo Tomassi avait pour habitude de conclure chaque album par un morceau plus long et plus épique dépassant les 7 minutes, sur lesquels les musiciens s’en donnaient à cœur joie et se permettaient d’expérimenter un peu plus. Nous avons maintenant pas moins de 3 morceaux de cet acabit qui parsèment le petit dernier, et ils s’avèrent être les points forts d’un album dont la qualité ne relâche à aucun moment. Au cours de ces morceaux le ton et l’ambiance passent naturellement d’un extrême à l’autre sans faute aucune.

Cette capacité à mêler le mélodique au chaotique est sans doute la plus grande force du quintette sur cet album, sans parler du fait que les influences sont nombreuses et intégrées avec discernement et un bon goût certain. De plus, l’agencement des morceaux est tel que les transitions sont très subtiles et adéquates, tout en respectant un fil conducteur propre à chaque morceau qui arrive ainsi à se démarquer du précédent.

La chanteuse Eva Spence

Cette variation de tonalité et d’agressivité fait de Time Will Die un album au final assez facile à écouter, qui ne fatigue pas par une succession de passages violents sur passage violents. Lorsque clôt le dernier morceau, Risen, sur une note éthérée (miroir de l’introduction), l’auditeur aura déjà passé 53 minutes avec l’oeuvre de Rolo Tomassi, et ces minutes volent tant l’écoute est agréable.

L’année est encore jeune, mais la concurrence aura bien de mal à décrocher Time Will Die and Love Will Bury It du haut du podium des meilleurs albums de l’année.

  • Anthony

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