Chroniqueur cinéphile spécialisé dans les bandes originales de films.

Le terme « Scrubs » regroupe plusieurs définitions : frotter, briquer, blouse d’hôpital, équipe de seconde zone…

Mais pour le téléspectateur des années 2000, Scrubs est surtout le titre d’une série de pas moins de 8 saisons (non, il n’y a pas de saison 9 : chut!) hilarante, émouvante, délirante et sonnant souvent juste grâce au montage et au rythme savamment découpé en épisodes de 20 minutes.

Les sitcoms, le téléspectateur en connaît la formule par cœur : rires préenregistrés, décors fixes récurrents, bons sentiments à outrance… La formule est éculée et a malgré tout permis à bon nombre de programmes de se faire une sympathique place au soleil.

En particulier s’agissant des relations sentimentales de groupes de jeunes trentenaires dans une grande ville américaine (Friends et How I Met Your Mother en tête).

Cependant, certaines séries du début des années 2000 adoptant un format a priori similaires ont commencé à se démarquer des productions classiques en prônant un ton plus libre, tant sur la forme que sur le fond.

Tel est le cas de Malcolm (1999-2006) et de Scrubs (2001-2009).

Comme vous l’aurez compris, nous allons ici parler de Scrubs.

Qui s’avère être une série de loin bien supérieure à Malcolm selon l’auteur de ces lignes eu égard à l’attachement aux personnages et à la constante qualité d’écriture qui n’a finalement que peu décliné avec les années (en effet, dès sa saison 3, Malcolm a basculé du côté pur délire à la limite du gratuit, même si l’efficacité est restée de mise).

Scrubs, ça raconte quoi ?

Tout d’abord l’histoire d’un groupe d’internes qui débarquent tout fraîchement de l’école de médecine pour faire leurs premières armes à l’Hôpital du Sacré-Cœur.

Gardes de nuit éreintantes, rencontre avec les docteurs, les infirmières et l’Administration, confrontation avec les maladies, les patients et la mort… Scrubs se veut avant tout une chronique quasi-réaliste sur le quotidien hospitalier perçu du point de vue des internes.

Bill Lawrence, le créateur de la série (à qui on doit l’excellente Spin City) avouera lui-même s’être inspiré des anecdotes d’un de ses proches amis médecins dont le surnom est « J.D. », surnom qu’il donnera au héros de son show, interprété par le talentueux Zach Braff.

Zach Braff dont la popularité sans cesse grandissante et la personnalité de plus en plus affirmée lui permettra à son tour de prendre son envol en réalisant quelques petites perles du cinéma américain indépendant (Garden State en 2003 avec Natalie Portman, excusez du peu).

Car s’il y a bien une devise que l’on peut accoler à côté de la sitcom Scrubs, c’est liberté. Liberté de ton. Liberté de mise en scène. Liberté dans l’humour. Liberté dans les différents messages.

Chaque épisode, agrémenté par la voix off du personnage principal, livre sa petite réflexion de la semaine : difficulté à grandir, relations tendues voire conflictuelles avec les parents, réflexion sur les relations amicales et amoureuses…

De nombreuses problématiques sont abordées et évoqueront aux jeunes adultes (« adulescents » et autres grands enfants) pas mal de situations difficiles qu’ils vivront un jour ou l’autre de manière inévitable, et avec lesquelles ils devront composer (rupture, décès, dépression post-partum, licenciement).

Comme tout un chacun. Car ils ne sont pas des surhommes. Ce que le générique de la série ne manque pas de rappeler (« I’m not Superman » chante Lazlo Bane).

Ce qui nous permet d’évoquer, au détour de cette petite rétrospective, le choix toujours bien senti des chansons, principalement du rock alternatif, qui cède rarement à la mode du moment, et qui permet de découvrir des petits groupes de musique fort sympathiques.

De la même manière que les paroles se veulent enjouées ou mélancoliques, Scrubs parvient à jongler avec brio entre le délire pur jus et des instants intenses d’émotion.

La qualité d’écriture y est pour quelque chose, sans compter la formidable implication des acteurs, des cascadeurs et de l’équipe technique. C’est bien simple : on sent de manière inévitable que le tournage de la série a été une gigantesque partie de plaisir.

D’une part, il s’est déroulé non en studio mais au sein d’un véritable hôpital désaffecté servant à la fois de décors, de cafétéria (qui est la véritable cantine de l’équipe!) et de salle de montage (entre autres).

D’autre part, un accueil chaleureux a été réservé aux nombreux guests (Colin Farrell, Tara Reid, Matthew Perry, Michael J. Fox, Brendan Fraser, etc.).

Enfin, l’équipe est restée soudée jusqu’à la fin, et l’on peut aisément le comprendre, chaque acteur s’étant donné à cœur joie dans son personnage. Tous ont évolué, y compris l’inoubliable Concierge qui ne devait initialement être qu’un fantasme de plus du héros principal.

Car si la série a aussi marqué les esprits, c’est grâce à son humour omniprésent et à l’imaginaire sans borne de J.D. (et des scénaristes) dont la faculté à s’évader de son quotidien par ses rêveries farfelues attire d’emblée la sympathie et l’attachement.

Si l’on sent une certaine retenue dans les premières saisons (la série cherche ses marques, ce qui est normal et parfaitement excusable), la suite ne désemplira pas et atteindra son apogée lors des saisons 5 et 6.

Là est l’occasion d’évoquer l’admirable tenue du show sur ses 8 années d’existence (on passera volontairement sur une saison 9, tentative ratée de relancer la machine en changeant tout le casting), entrecoupées d’épisodes spéciaux délicieux comprenant une comédie musicale et un pastiche des sitcoms classiques (rires préenregistrés et tournage en décor fixe).

La baisse de rythme se fera sentir vers les saisons 4 (saison trop longue tournant en rond) et 7 (amputée en raison de la grève des scénaristes de l’époque) jusqu’à atteindre une saison 8 certes un brin tristounette mais permettant de dire décemment au revoir à l’Hôpital du Sacré-Cœur.

Le bilan reste le suivant : Scrubs est une excellente série, drôle, rythmée, divertissante au possible, à plusieurs degrés de lecture, ayant su se renouveler comme il faut grâce à un enthousiasme constant et un capital sympathie indéniable.

Bien qu’elle commence à dater (elle est née en 2001), son propos reste intemporel, en même temps que sa large galerie de personnages tous aussi attachants les uns que les autres, chacun ayant son instant de gloire, y compris des seconds (et même troisièmes) couteaux qui seront restés au poste jusqu’à l’émouvant final où J.D. quitte le Sacré-Cœur pour d’autres horizons.

Bref. Un show incontournable des années 2000, victime d’une diffusion en France assez désastreuse et qui mérite d’être vu et revu, notamment pour servir de modèle à la relève d’aujourd’hui.

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